Côtes-d’Armor : parlant trop mal français, un médecin roumain empêché d’exercer

Publié le 08/11/2013

Voilà une mésaventure qui va mettre à nouveau sur la sellette les agences qui recrutent des médecins étrangers. À La Motte, dans les Côtes-d’Armor, la mairie cherchait à tout prix à remplacer le seul généraliste de ce bourg de 2 100 habitants, qui partait à la retraite en septembre dernier. Elle fait donc appel à une agence, qui finit par dénicher un praticien roumain, le Dr Gino Pogani.

Tapis rouge

À la mi-octobre, le maire, Jean-Pierre Guilleret, présente à ses administrés le tout nouveau praticien. Celui-ci devait prendre ses fonctions à la fin du mois, après un entretien avec le conseil de l’Ordre départemental. Entre-temps, la mairie lui déroule le tapis rouge. Un cabinet médical refait à neuf lui sera loué 300 euros par mois (avec 6 premiers mois gratuits), la municipalité prend même à sa charge l’achat du matériel informatique. De plus, un appartement lui sera loué à un prix préférentiel. Manifestement, rien n’est trop beau aux yeux de la mairie pour s’attirer les grâces du nouveau médecin.

Aptitudes linguistiques insuffisantes

Mais le 25 octobre, tout s’écroule. Lors de l’entretien avec le Dr Pogani, le conseil de l’Ordre juge « insuffisantes » sa connaissance et sa pratique de la langue française. Un avis partagé par l’ARS qui organise dans la foulée une évaluation de ses aptitudes linguistiques.

À l’Ordre des médecins des Côtes-d’Armor, le Dr Brigitte Bonnier, secrétaire général, indique que le cabinet de recrutement, la société Asklepios, travaille beaucoup dans ce département. « Parfois, les médecins recrutés parlent très correctement, mais celui-ci n’était pas au niveau, même pour une conversation courante et basique ». Un membre du bureau a même joué le rôle d’un malade face au Dr Pogani, et selon le Dr Bonnier, « il n’a pas été en mesure de rédiger une lettre d’adresse fictive à un confrère ».

Un coût de 25 000 euros

La secrétaire générale insiste : « Ses compétences professionnelles ne sont nullement en question, le problème c’est qu’il ne maîtrise pas la langue, et qu’il n’a aucune connaissance d’aucun document édité par les caisses primaires. »

Difficile dans ces conditions d’exercer, surtout en solitaire dans un bourg rural. Pourtant, dans le bulletin municipal de La Motte du 4 octobre dernier, annonçant l’arrivée du praticien, on pouvait lire que « le Dr Pogani a appris le français pendant toute sa scolarité secondaire ».

Le Dr Pogani s’est engagé à suivre une formation accélérée, mais il ne pourra prendre ses fonctions avant plusieurs mois, et après avoir été évalué à nouveau par l’Ordre départemental.

En attendant, La Motte a déjà déboursé 12 500 euros pour le recrutement de ce praticien, et devra encore payer la même somme à l’agence Asklepios à la date de son installation.

« Le Quotidien » a tenté à plusieurs reprises, mais sans succès, de joindre le cabinet de recrutement.

 H.S.R.

Source : lequotidiendumedecin.fr