Congrès de l'ASH : un traitement prometteur pour réduire les transfusions des patients avec anémie chronique.

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Damien Coulomb -
Publié le 05/12/2018

L'anémie est présente dans les tableaux cliniques de nombreuses hémopathies, mais sa prise en charge n'a pas beaucoup évolué depuis une dizaine d'années. « L'EPO reste la colonne vertébrale du traitement, mais un grand nombre de patients ne la supportent pas ou finissent par ne plus y répondre », rappelle le Pr Uwe Platzbecker, de l'hôpital universitaire Carl Gustav Carus, à Dresde, en Allemagne.

Selon les résultats de deux études de phase 3, présentés lors du congrès de la Société américaine d'hématologie (ASH), une nouvelle option thérapeutique est désormais étudiée : le luspatercept. Premier représentant d'une nouvelle classe d'agents favorisant la maturation érythroïde tardive, cet anticorps monoclonal bloque les protéines de la famille des TGF-β. Ces dernières inhibant la maturation des hématies, leur capture augmente donc le taux de globules rouges.

Leucémie myéloïde chronique

La première étude, MEDALIST, concernait des patients atteints de leucémie myéloïde chronique. Les auteurs ont recruté 229 patients dépendants aux transfusions sanguines. Ce type de patients inclus « présente le plus grand risque de progression de leur hémopathie », explique le Pr Platzbecker. Un nombre élevé de transfusions est  associé à un sur-risque de surcharge ferrique.

Un groupe de 153 patients a été mis sous luspatercept (1 mg/kg en injection tous les 21 jours, puis augmentation des doses jusqu'à 1,75 mg/kg) et 76 ont été mis sous placebo. Les participants ont été suivis pendant une durée médiane de 49 semaines dans le bras de traitement et de 24 semaines dans le bras témoin.

Plus d'un tiers des patients sous luspatercept (37,9 %) n'avaient pas eu recours aux transfusions pendant au moins 8 semaines consécutives, contre 13,2 % dans le groupe placebo. « Les patients qui n'ont pas pu arrêter les transfusions, ont connu une diminution substantielle du nombre moyen de transfusions », ajoute le Pr Platzbecker.

Dans la bêta-thalassémie

La bêta-thalassémie a également fait l'objet d'une étude de phase 3 présentée lors de ce même congrès : l'étude BELIEVE, présentée par le Dr Maria Domenica Cappellini, de l'Université de Milan. Là encore, ce sont les patients les plus dépendants aux transfusions qui ont été sélectionnés : 6 à 20 unités de sang transfusées au cours des 24 semaines précédant la randomisation entre un groupe placebo et un groupe sous luspatercept.

Un total de 332 patients a été inclus dans l'étude. Le critère principal de jugement était une réduction d'au moins un tiers du nombre de transfusions entre la 13e et la 24e semaine de traitement. Ce critère a été atteint chez 21,4 % des patients sous luspatercept contre seulement 4,5 % de ceux du groupe placebo.

« Les patients sont hétérogènes on ne peut pas s'attendre à ce qu'ils répondent tous au même moment », explique le Dr Cappellini. C'est la raison pour laquelle elle accorde une importante particulière à l'évolution au fil du temps du pourcentage de patients présentant une réduction de moitié de leurs besoins transfusionels. Lors des premières semaines de suivi, 7,6 % des patients sous luspatercept avaient réduit d'au moins 50 % leurs besoins transfusionnels sur une période de 12 semaines. À la fin du suivi de 48 semaines, le pourcentage de ces patients était de 10,3 %. L'étude va se poursuivre pendant encore 5 ans, le Dr Cappellini n'exclut pas la possibilité d'observer de nouvelles évolutions en termes de besoins transfusionnels.

De notre envoyé spécial à San Diego, Damien Coulomb

Source : lequotidiendumedecin.fr