Avec les stagiaires du dispositif MORPHEE

Comment le service de santé des armées innove

Par
Damien Coulomb -
Publié le 05/07/2018
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Crédit photo : CC1 E. Cherel /BCISSA/DCSSA

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Crédit photo : CC1 E. Cherel /BCISSA/DCSSA

Un mistral de 50 nœuds souffle sur la « zone de dégivrage », située à l'extrémité de la base aérienne 125 d'Istres-Le Tubé. Il en faut plus pour impressionner les 12 stagiaires venus se former à l'utilisation du dispositif MORPHÉE (Modules de réanimation pour patient à haute élongation d’évacuation).

Sous ce vent à décorner les bœufs, ils vont s'entraîner à l'installation de 12 blessés, dont 4 lourds, dans un Boeing C135*, normalement dédié au ravitaillement en vol, mais entièrement vidé et remodularisé pour l'occasion.

« MORPHÉE permet l'évacuation médicale stratégique de patients graves nécessitant des soins de réanimation importants, y compris à la suite d'une opération chirurgicale d'urgence, dans des conditions les plus proches possible d'un service de réanimation, » résume le médecin chef des services Patrick, manager du projet MORPHÉE. Chaque module occupe un espace de 2,5 m² environ pour 3 m3 de volume. Dans les modules lourds, les patients sont installés, les pieds vers l'arrière de l'appareil, le long d'un « mur » de dispositifs de monitorages, d'une mini-réanimation volante, de pousse-seringues, des ventilateurs, de couvertures chauffantes.

« On doit pouvoir accès à l'ensemble du patient, affirme le médecin chef des services Patrick. Ce dernier peut souffrir de traumatismes graves, comme une double amputation, qui s'accompagne d'un conditionnement important avec des systèmes de drainages très complexes ».

Sauvons les mannequins

Ce matin, les stagiaires sont confrontés à un scénario catastrophe : un incident survenu sur une base militaire à l'étranger a blessé gravement 5 militaires, et plus légèrement une dizaine d'autres. Les 5 patients les plus graves sont incarnés par des mannequins dûment intubés, bandés, perfusés et monitorés, que des ingénieurs achèvent de programmer. Les blessés légers sont interprétés par des membres du SSA, à l'image du caporal chef Élodie, « victime » d'une blessure à l'œil par projection d'éclat. « Certains d'entre nous ont reçu une feuille de scénario avec les infos des patients, nous explique-t-elle. Cela permettra, au cours du debrief, de vérifier que les informations qui ont circulé chez les stagiaires étaient les bonnes. »

Parmi les stagiaires on trouve 4 infirmiers, 2 infirmiers anesthésistes, 2 anesthésistes réanimateurs, 2 infirmiers convoyeurs de l'air et 2 médecins aéronautiques. Ces derniers, spécialisés dans le suivi des pathologies en altitude et des pathologies aériennes, sont capables de prévoir les complications liées au transport en altitude comme le risque d'apparition de poche de gaz dans un abdomen opéré. La formation est dispensée en anglais, car 2 stagiaires belges, et surtout 2 Allemands, sont présents.

Chaque blessé a un nom de code comme « Rastapopoulos » ou « carré d'as », surnommé ainsi à cause d'une plaie au rectum. Pour ce genre de « client », 6 personnes seront nécessaires pour faire passer l'escalier de chargement à la civière. Bien que le patient soit bien sédaté, il faut faire attention où l'on met ses mains lors du passage d'une civière à l'autre : « De la tête aux pieds… Vous êtes prêts ? On transfère ! ». La nature des blessures que l'on retrouve sur un champ de bataille relève des blessures par IED, par balle ou par blast. Des patients peuvent être victimes d'une ou plusieurs amputations, de traumatismes thoraciques ou faciaux. Pour l'exercice du jour, les profils vont du polycriblage des deux jambes au trauma thoracique en passant par les complications psys.

Chargement express

Jugé trop instable pour risquer une dizaine d'heures de vol, un des blessés lourds sera renvoyé par les stagiaires au rôle 3, c’est-à-dire l'hôpital mobile de campagne. Pour les autres, on procède à un rapide examen de situation avant d'accompagner jusqu'aux couchettes. « Tous les antalgiques sont dans sa poche, on la met en A22 et le psy sera en A12 » : Les échanges sont brefs, le chargement doit se faire le plus vite possible.

Les stagiaires ont, comme le veut le protocole, préparé le plan de l'avion en fonction des dossiers médicaux « transmis » par le directeur médical des opérations présent sur les lieux de l'incident. Les blessés les plus lourds sont chargés en dernier, proche de la porte, car leur temps à bord doit être le plus court possible. L'habitacle est étroit, les civières passent tout juste. Il faut se passer les éléments comme le « Propack » de mains en mains.

Accumulation d'urgences

Environ 2 heures sont nécessaires pour que l'appareil soit prêt à décoller. Rendez-vous le lendemain pour une simulation du vol. Les concepteurs de l'exercice ont prévu quelques surprises : une désaturation d'un des patients intubés après une obstruction par un bouchon muqueux, une pose de drain thoracique en plein vol, un choc septique et quelques points de suture à refaire. Une accumulation d'urgences qui n'est jamais observée lors d'interventions réelles de Morphée. « Le but n'est pas d'évaluer les compétences techniques des stagiaires, explique l'infirmier en soins généraux de premier grade Nicolas, mais leurs capacités à communiquer et à gérer la situation ».

Des formations comme celle-ci ont lieu régulièrement. « Notre but est d'avoir un soutien santé dans l'ensemble des composantes aériennes, qu'il s'agisse des forces aériennes, des forces aéronavales, ou des forces de l'aviation légère de l'armée de terre », conclut le médecin chef des services Patrick. 

* D'ici à la fin de l'année, les C135 seront replacés par des Airbus A330 MRTT plus gros


 

 

Damien Coulomb

Source : Le Quotidien du médecin: 9679