Carmat : le décès n’est pas d’origine thrombotique, le concept de bioprothèse est validé

Publié le 05/03/2014
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Crédit photo : DR

Le premier patient implanté par le cœur bioprothétique Carmat est décédé dimanche 2 mars. Une semaine auparavant, le dernier bulletin de l’hôpital Européen Georges-Pompidou se voulait rassurant, le patient était au fauteuil, s’alimentait seul et avait fait quelques pas. Il devait quitter le service réanimation dans une ou deux semaines pour celui de chirurgie cardiaque. Que s’est-il passé ?

La boîte noire

« Les causes exactes du décès ne sont pas connues », explique le Pr Christian Latrémouille, qui, avec neuf autres chirurgiens, a implanté ce premier cœur bioprothétique le 18 décembre 2013. Toutefois, poursuit le chirurgien, « l’état général de ce patient était celui de tout insuffisant cardiaque évolué, avec une fonction rénale et pulmonaire limites. Il avait été trachéotomisé pour permettre un sevrage ventilatoire beaucoup plus souple à manier qu’une extubation brutale, mais ce geste est fréquent ».

La prothèse, enlevée après le décès du patient, renferme de très nombreuses informations hémodynamiques - le cœur a battu 7 millions de fois en un deux mois et demi -, et, comme une boîte noire d’avion, sera analysée par les ingénieurs de Matra.

Entre hémorragies et thromboses

Les risques hémorragiques et thrombotiques sont les plus redoutés par l’équipe chirurgicale. Le risque hémorragique lié à la suture de la prothèse elle-même n’est pas en cause : ce problème aurait pu survenir dès les 24 premières heures voire les premiers jours, mais est complètement écarté ensuite.

Et le retrait de Carmat a montré qu’il n’y existait aucune thrombose interne, alors que le traitement anticoagulant avait été considérablement allégé dès la mi-janvier en raison d’hémorragies digestives. « Ceci est totalement rassurant, commente lePr Latrémouille. Le concept de bioprothèse est complètement validé ».

Le taux de plaquettes du patient étant relativement bas a permis de maintenir un état non thrombotique.

La suite va se dérouler comme prévu. L’ANSM a donné d’ores et déjà son accord pour une deuxième implantation. « Nous avons dorénavant une certaine latitude vis-à-vis du traitement anticoagulant. Le protocole utilisé pour le premier patient est celui mis en œuvre classiquement pour les cœurs mécaniques. La suite va se dérouler comme prévu. L’ANSM a d’ores et déjà donné son accord pour une deuxième implantation. Ce patient pourrait vraisemblablement être moins anticoagulé et peut-être plus jeune » ajoute le Pr Latrémouille.

Pour une première, la survie est quasi exceptionnelle et bien au-delà de celles observées pour les transplantations cardiaque de quelques heures à quelques jours pour les tentatives initiales. « Le patient a été très coopérant et très combatif, sa famille également »  assure le Pr Christian Latrémouille ; la famille pourrait prochainement lever le voile sur l’identité de ce premier patient qui aura marqué l’histoire de la cardiologie.

Dr Anne Teyssédou

Source : lequotidiendumedecin.fr