Les personnes âgées ont payé un lourd tribut au cours de la catastrophe sanitaire engendrée par la canicule. Après les bilans chiffrés, les gériatres français, dont Françoise Forette, présidente de la Société française de gériatrie et de gérontologie, aimeraient aujourd'hui en savoir plus sur les victimes et leurs pathologies, notamment la maladie d'Alzheimer.
Le rapport de l'INSERM remis au ministère de la Santé en septembre (« le Quotidien » du 29) a permis d'évaluer plus finement la surmortalité par département des personnes âgées de plus de 75 ans. Il indique notamment que les victimes ont été des personnes âgées, fragilisées, majoritairement de sexe féminin, manquant d'autonomie, vivant seule, sans lien social, dans des appartements mal isolés et mal climatisés (à Paris, c'est surtout le dernier étage qui a tué).
Une maladie non diagnostiquée
« L'hypothèse actuelle est qu'un grand nombre des victimes de canicule avaient une maladie d'Alzheimer non diagnostiquée. Elles ont donc été peu réceptives aux conseils de prévention », explique Françoise Forette. Du fait de leurs déficits cognitifs, ces personnes n'ont pas réalisé qu'il fallait boire, ventiler les pièces et s'humidifier le corps. Ceux qui avaient été prévenus ont rapidement oublié les conseils. On peut mettre cette hypothèse en perspective avec les données de l'étude PAQUID, selon laquelle 60 % des personnes atteintes de la maladie vivent à domicile (dont 20 % seules) et 40 % en institution. L'étude montre également que le stade modérément sévère de la maladie d'Alzheimer est le stade de bascule entre le milieu ambulatoire et le celui de l'institution. Un stade particulièrement fragile.
On peut aussi mettre en relation les profils des personnes âgées prises en charge pour hyperthermie au moment de la canicule et certains facteurs de risque de la maladie d'Alzheimer : faible niveau éducatif, dépression qui se déclare après 60 ans même si elle a été traitée, absence de loisirs et isolement social (notamment célibat).
Quelles sont les perspectives actuelles ? Françoise Forette insiste d'abord sur l'information du grand public, notamment sur les premiers symptômes qui doivent alerter les proches. Elle rappelle la nécessité de formation des médecins, d'amélioration du diagnostic et des traitements, des outils de prévention et de la prise en charge médico-sociale. Il semble que la maladie est de mieux en mieux connue par les familles et que la demande d'informations est de plus en plus grande. Pour preuve, la conférence « Alzheimer : une maladie qui nous concerne tous », organisée pour le grand public par les laboratoires Lundbeck à l'occcasion du salon Forme et Santé, a fait salle comble.
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