COUPER ou broyer des comprimés, ouvrir des gélules et multiplier les dilutions, tels sont les gestes quotidiens du personnel soignant des services de pédiatrie. A en croire les résultats de l'étude Pédiem**, dont les résultats viennent d'être présentés par l'Académie nationale de pharmacie, ces pratiques seraient à l'origine de nombreuses erreurs d'administration.
La cause de ce qui s'apparente à des « bricolages » galéniques ? L'insuffisance patente de médicaments développés pour l'enfant. « Les spécialités pédiatriques manquent, nous sommes donc souvent contraints d'utiliser des formes adultes qu'il faut adapter à l'enfant, avec tout ce que cela comporte comme manipulations », explique le Pr Françoise Brion, coordonnatrice de l'étude et chef du service de pharmacie de l'hôpital Robert Debré, à Paris.
Pas d'AMM pédiatrique dans 46 % des cas.
En 2001-2002, une première enquête (Pédiad), menée dans 14 hôpitaux, avait permis de mettre en évidence les difficultés rencontrées par les infirmières lors de l'administration par voie orale ou injectable de médicaments à l'enfant. « L'étude a montré que 46 % des comprimés sont administrés en l'absence d'AMM pédiatriques, rapporte le Dr Jean-Eude Fontan, pharmacien à l'hôpital Jean-Verdier à Bondy (Seine-Saint-Denis) ; la moitié d'entre eux sont coupés et les trois quarts sont broyés. » De même, une fois sur dix, les solutions injectables font l'objet d'une double dilution, tandis que, dans 8,1 % des cas, les médicaments administrés per os sont des solutions injectables. « L'aspect économique ne doit pas être négligé, soulignent également les auteurs de l'étude ; par exemple, 77,2 % des préparations injectables prélevées et deux tiers des comprimés entamés sont purement et simplement jetés. »
De nombreux facteurs de risque.
Plus intéressants encore sont les résultats qui permettent d'identifier les facteurs de risque et les types d'erreur commises à l'hôpital. Ces facteurs de risques concernent le personnel soignant, son statut (titulaire ou pas), son ancienneté, son rythme de travail. Mais aussi les soignés, leur âge, leur poids et leur sexe, ainsi que le nombre de soins spécifiques dont ils sont l'objet. D'autres facteurs de risques, tel le mode de prescription (informatisée ou pas), l'existence d'une AMM pédiatrique ou la voie d'administration sont potentiellement générateurs d'erreurs d'administration.
Des erreurs qui sont, dans 39 % des cas, associées au non-respect de l'horaire de prise prescrit, et, dans les autres cas, liées à la voie d'administration, à la dose, à des omissions d'administration. « Heureusement, souligne le Pr Françoise Brion, ces erreurs n'entraînent pas de réaction, ou une réaction mineure, dans 82,2 % des cas. »
« Au total, conclut-elle, l'étude Pédiem montre l'urgente nécessité d'émettre des recommandations de bon usage dans l'administration des médicaments à l'enfant. Les sociétés savantes, des pédiatres, des pharmaciens, ainsi que l'Afssaps doivent travailler ensemble à la réalisation d'un guide de bon usage. »
Avec le même objectif, l'Académie de pharmacie a déjà émis un certain nombre de recommandations qui visent notamment à limiter les erreurs d'administration des formes orales et injectables chez l'enfant.
Prévue à partir de novembre, une troisième étude consistera à intégrer un pharmacien hospitalier dans un service de pédiatrie clinique de l'hôpital Robert-Debré. Le Pr Brion donne « rendez-vous dans un an pour évaluer l'impact clinique et économique de cette expérience ».
* Pédiad, « Archives de pédiatrie » 2004 sous presse.
** Pédiem, en cours de publication .
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