Benjamine, vraiment ?

Publié le 20/02/2010
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Cécile Courrèges est-elle destinée à occuper, où qu’elle aille, la place de la benjamine ? Lorsqu’on lui pose la question, elle part d’un rire franc, enjoué, celui d’une jeune femme amusée par cette « malédiction » qui la suit depuis qu’elle est entrée dans la vie active. Plus jeune directrice préfiguratrice d’ARS, plus jeune collaboratrice de Jean-Marie Bertrand, secrétaire général des affaires sociales, lorsque ce dernier conceptualisait en 2008 les ARS, plus jeune directrice de Ddass… De ce palmarès, Cécile Courrèges ne tire aucune fierté, et n’affiche aucune fausse modestie. C’est comme ça, semble-t-elle dire, en confessant qu’avant elle, seul Jean Castex, directeur de la Dhos puis directeur de cabinet de Xavier Bertrand, était parvenu à la tête d’une Ddass plus jeune qu’elle. Parvenu… Un terme qu’elle semble abhorrer, tant le carriérisme lui semble étranger. Cette Rochelaise, née d’un père enseignant et d’une mère « fonctionnaire dans la territoriale » explique son parcours exemplaire, non pas tant en affichant sa soif de réussite, qu’en vantant les mérites de l’école républicaine qui l’aura conduite vers « un parcours d’excellence ». Le bac en poche, mention Très bien, Cécile Courrèges s’inscrit comme il se doit à Sciences Po, puis passe simultanément les concours de l’ENSP et l’Ena. Elle réussit le premier, mais rate le second. N’en déplaise : elle rentre à l’ENSP, et poursuit sa préparation de l’Ena. Le deuxième essai sera le bon. C’est l’entrée à l’Ena, puis à l’Igas. « L’Igas est un formidable poste d’observation. C’est une occasion magnifique pour découvrir tout le champ du social, au sens large du terme. » Après quatre ans et demi passés à l’inspection des affaires sociales, Cécile Courrèges change de braquet. L’énarque ne souhaite pas faire une carrière de technocrate. Après avoir observé, évalué, soupesé le champ sanitaire et social, Cécile Courrèges rêve de toucher les réalités du doigt. Et s’engage à la tête de la Ddass. « Ce n’est pas le choix le plus courant pour un élève de l’Ena », suggère-t-elle. Surtout lorsque l’on a à peine trente ans. « Je me rappelle avoir déconcerté plus d’un préfet, conseiller général ou chef d’établissement, lorsqu’ils m’ont vue arriver du haut de mes trente ans lors de réunions », se souvient-elle amusée. Surtout, ce fut l’occasion, pour elle, de se forger une conviction : le système sanitaire et social pêche par manque de cohésion, par excès de morcellement. Un épisode l’a marquée : « Je me rappelle de directives nationales que nous recevions pour la campagne hivernale et la prise en charge des SDF. Nous avions, l’Île-de-France et les Deux-Sèvres, les mêmes instructions, alors que mes centres d’accueil étaient à moitié vides, et que je n’étais pas confrontée aux problèmes de familles SDF ! » C’est donc en militante des agences régionales de santé que Cécile Courrèges aborde, après deux ans passés à la Ddass des Deux-Sèvres, sa nouvelle mission : adjointe de Jean-Marie Bertrand dans son équipe de préfiguration des ARS. Puis, la « benjamine » est choisie pour présider aux destinées de l’ARS Bourgogne. A-t-elle eu droit à un passe-droit pour décrocher ce sésame ? « J’ai suivi la même procédure que l’ensemble des candidats. Il eut été étonnant que mon passage dans l’équipe de préfiguration des ARS ait pu être considéré comme un handicap », lance-t-elle, non sans ironie. Quant à l’avenir, il est devant elle. À 34 ans, Cécile Courrèges, à rebours de son illustre prédécesseur Jean Castex, n’envisage pas de carrière dans les cabinets ministériels. Tout juste pense-t-elle poursuivre à explorer le champ du social, benjamine, ou pas…

Jean-Bernard Gervais

Source : Décision Santé: 262