Autisme : il faut « qu’on arrête de parler de psychiatrie », selon Sophie Cluzel

Par
Elsa Bellanger -
Publié le 01/04/2019
cluzel bourdin

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Crédit photo : DR

Plus de 300 millions d’euros de budget et des mesures pour les enfants de moins 7 ans : la secrétaire d’État aux Personnes handicapées, Sophie Cluzel, a dressé, ce matin, au micro de Jean-Jacques Bourdin, sur RMC, un premier bilan du Plan gouvernemental contre l’autisme, annoncé en avril dernier par le Premier ministre Édouard Philippe. Ce bilan intervient deux jours après la 16e« Marche de l’espérance » en faveur d’une meilleure prise en charge de l’autisme et à la veille de la Journée mondiale de l’autisme, mardi 2 avril.

Avec ce plan gouvernemental, il s’agit, a expliqué la secrétaire d’État, de ne plus placer des enfants autistes « devant des psychiatres ». Face à « un spectre de l’autisme très large », Sophie Cluzel a plaidé pour « qu’on arrête de parler de psychiatrie ». Elle met l’accent sur la détection et la prise en charge précoce des enfants autistes et dénonce, pour les adultes autistes, « des prises en charge inadéquates dans des hôpitaux psychiatriques où ils n’ont rien à faire ».

Alors que 35 000 petits Français naissent chaque année autistes ou avec des troubles neuro-développementaux, l’ambition est d’intervenir « dès les premiers signes » de retard de développement. Il est « capital de faire de l’intervention précoce, d’arrêter ces errances de diagnostic pour les familles », a insisté Sophie Cluzel.

Étonné des propos « excessifs » de la secrétaire d'État, le Dr Michel David, psychiatre et vice-président du Syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH), qui revendique une « diversité des approches » salue le travail réalisé dans le cadre du plan gouvernemental, mais en appelle à la « prudence » sur le diagnostic précoce.

Un dépistage précoce...

Dans l'optique du plan gouvernemental, des consultations longues à un tarif de 60 euros pour le dépistage précoce sont mises en œuvre depuis le 11 février. Des plateformes d’intervention précoce, mobilisées aux côtés des centres de ressources autisme (CRA), assureront ensuite la formation des professionnels et l’orientation des familles. Trente plateformes devraient être opérationnelles d’ici à la fin de l’année.

Un forfait d’intervention précoce a également été créé dans le dernier PLFSS. Concrètement, les consultations de psychomotricité, d’ergothérapie, ou le bilan psychologique seront accessibles « sans débourser un centime parce que [l’enfant] aura un référent spécialisé sur l’autisme qui va pouvoir l’orienter ». Alors que le coût de cette prise en charge peut s’élever à 3 500 euros, le gouvernement s’engage « à ce que dans les 6 mois, dès que les premiers signes d’alerte auront été faits, un enfant aura un diagnostic posé et une intervention sans débourser un centime », a martelé la secrétaire d’État.

... pour une meilleure inclusion à l'école

Cette intervention précoce doit permettre une meilleure inclusion des enfants autistes à l’école. Cette demande forte des parents pourrait être satisfaite par la mise en place de « petites classes au milieu des autres enfants ». Plus d’une centaine de ces classes existent déjà en maternelle et 180 devraient ouvrir « d’ici à la fin du quinquennat », a annoncé la secrétaire d’État. L’objectif affiché est que la génération 2018 d’enfants autistes et atteints de troubles du neuro-développement puisse « aller à l’école maternelle comme les autres ».

Sur le front de l’éducation, le plan gouvernemental prévoit également une professionnalisation des assistants de vie scolaire (AVS) avec notamment la fin des contrats aidés, pour un « service publique de l’école inclusive », mais aussi la création d’une plateforme de ressources pédagogiques pour les professeurs.

Pour l'association Vaincre l'autisme, le gouvernement est dans « l'incapacité d'agir » se référant aux précédents plans qui « ne sont exécutés qu'à 50 % à l'heure actuelle ». « Un an après l'annonce de la "stratégie nationale" et deux ans d'actions du gouvernement, rien n'avance concrètement », indique l'association dans un communiqué. Selon elle, les unités d'enseignement dans les maternelles promises « ne sont pas une politique de scolarisation (...), mais un dispositif médico-social. (...) Ses déclarations sous le terme "inclusion" ne font que cacher les atteintes aux droits fondamentaux à la scolarisation et à l'Éducation des enfants autistes », poursuit le communiqué.

Le plan contre l’autisme ne contient que peu de mesures pour les adultes. Sophie Cluzel a évoqué un travail sur le « logement regroupé », comme la colocation, « pour une vie au milieu des autres ».


Source : lequotidiendumedecin.fr