Au procès Hazout, l’Ordre de Paris... sur le banc des accusés

Publié le 05/02/2014
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Crédit photo : S TOUBON

Le conseil de l’Ordre des médecins de la ville de Paris s’est retrouvé d’emblée sur la sellette aux assises de Paris lors de la première journée du procès du Dr André Hazout qui était consacrée à la personnalité du praticien. Ce gynécologue spécialiste de la PMA est poursuivi pour viols et agressions sexuelles sur sept patientes, une nouvelle victime s’étant constituée partie civile à l’ouverture du procès.

Interrogé sur sa vision du dossier, le médecin a reconnu « des gestes inadéquats » et des rapports sexuels « consentis » avec certaines de ses patientes. « Je n’ai jamais ressenti de réticence », a-t-il assuré.

Classement vertical

Dans la matinée, l’audience a surtout été marquée par la mise en accusation du conseil de l’Ordre, chargé de veiller au respect de la déontologie médicale. L’institution avait été condamnée par la cour administrative de Paris pour ne pas avoir réagi pendant de nombreuses années à des plaintes de victimes du Dr Hazout.

« Je trouve surprenant que le conseil de l’Ordre ait l’impudence de vouloir se constituer partie civile », a lancé l’avocat de l’une des victimes, Me Georges Holleaux. « Avant que ma cliente dépose la première plainte devant la justice en 2005, le conseil avait déjà reçu des plaintes depuis 1988 et il s’est borné à un classement vertical considérant qu’il ne s’agissait pas de plaintes mais de doléances. »« Le conseil n’a pas fait son travail, n’a pas exercé son autorité, n’a pas mis de l’ordre dans ses troupes. C’est votre défaillance qui pendant 16 ans n’a pas permis de mettre un terme aux pratiques du Dr Hazout », a-t-il martelé.

L’avocat général, Annie Grenier, a abondé dans ce sens : « Je suis moi aussi scandalisée par la présence du conseil de l’Ordre auprès des victimes, alors qu’il a toujours été auprès du Dr Hazout, et ce depuis le premier coup de fil d’une patiente en 1985. »

Pas de protection

L’avocat du conseil de l’Ordre, Me Cédric Labrousse, a affirmé au contraire qu’une des plaintes avait été transmise à la chambre de discipline de première instance qui avait relaxé le Dr Hazout. « Mais, le conseil a fait appel pour obtenir la radiation du praticien. Je ne peux pas laisser dire qu’on l’a protégé », a-t-il lancé.

Le tribunal a décidé de surseoir à statuer sur l’acception ou non de la partie civile du Conseil de l’ordre. Il rendra sa décision à la fin du procès, prévu jusqu’au 21 février.


Dr Irène Kahn-Bensaude (Ordre de Paris) :
« À l’époque, il n’y avait rien dans le dossier »

Jointe ce mercredi par « le Quotidien », le Dr Irène Kahn-Bensaude, actuelle présidente de l’Ordre des médecins de Paris, estime que l’institution n’a pas failli dans ce dossier.
« A l’époque, il n’y avait pas de grain à moudre, il n’y avait rien dans le dossier. Il n’y a jamais eu de plainte réelle, mais une ou deux doléances de "dames". Le conseiller [ordinal] a fait la leçon au Dr Hazout, on ne pouvait pas aller plus loin », explique-t-elle.
Tout de même, l’Ordre parisien n’a-t-il pas été trop léger dans son appréciation ? « C’était aussi une époque où on écoutait moins les témoignages des femmes, où on ne les prenait pas toujours au sérieux, les choses ont beaucoup changé », déclare le Dr Kahn-Bensaude rappelant que, beaucoup plus tard, en 2008, l’Ordre « a radié le praticien ».

(Avec AFP) C. D.  

Source : lequotidiendumedecin.fr