CONGRES HEBDO
Les données de la littérature sont nombreuses et souvent contradictoires et n'ont
jusqu'alors démontré aucun lien formel permettant d'affirmer que l'asthme serait une séquelle de pathologie infectieuse.
Durant l'enfance, 7 à 10 % des enfants présentent des symptômes compatibles avec une maladie asthmatique. L'hyperréactivité réversible des voies aériennes, l'une des caractéristiques de l'asthme, est d'ailleurs également présente chez les non-asthmatiques infectés par un virus. Durant la petite enfance et même jusqu'à l'adolescence, les sibilances sont fréquemment associées à une infection virale ou bactérienne chez les enfants asthmatiques et quelques fois chez les non-asthmatiques. Pourtant, la majorité des enfants atteints de bronchiolite virale durant la première année de la vie ne devient pas asthmatique. Ces sibilances au cours d'une infection respiratoire infantile peuvent être le témoin des premiers symptômes de l'asthme, d'une exacerbation aiguë de la maladie asthmatique, ou rester totalement isolées et sans séquelles.
Les germes à tropisme intracellulaire
Au cours d'une crise d'asthme, virus et autres pathogènes sont retrouvés chez 40 à 60 % des enfants âgés de moins de 3 ans, et dans 25 % des cas chez les plus de 3 ans. Les bactéries atypiques, Chlamydia pneumoniae et Mycoplasma pneumoniae, germes à tropisme intracellulaire, plus difficiles à diagnostiquer, pourraient également être impliquées. En 2001, N. Principi montrait que, chez les enfants âgés de 2 à 15 ans présentant une infection respiratoire basse, Mycoplasma pneumoniae est retrouvé en PCR ou sérologie dans 34,3 % des cas et dans 12,9 % chez les enfants avec wheezing ; Chlamydia pneumoniae est retrouvé dans 14,1 % des cas et plus fréquemment en cas de wheezing (20 %).
Dans une autre étude avec groupe contrôle, S. Esposito (« Eur Respir J », 2000) révélait que les infections aiguës dues à M. pneumoniae et à C. pneumoniae étaient plus fréquentes chez les enfants présentant des sibilances que chez les enfants témoins. Les enfants infectés par l'un ou l'autre de ces deux pathogènes présentaient aussi plus fréquemment des antécédents de sibilances que les non-infectés.
De la même façon, des études sérologiques associaient la présence de Chlamydia pneumoniae aux exacerbations de la maladie asthmatique dans 1 à 5 % des cas chez les adultes.
Plusieurs études ont été menées par PCR des bactéries atypiques chez des enfants asthmatiques : les résultats sont disparates, allant de 4 % entre 0 et 1 an à 19 % entre 7 et 11 ans (comme pour les pneumonies, mycoplasme et Chlamydiae sont plus fréquents chez le grand enfant). De même, des anticorps anti-IgE dirigés contre les Chlamydiae ont été isolés chez 80 % des enfants asthmatiques avec une culture positive pour Chlamydia pneumoniae dans l'enfance contre 20 % chez les contrôles.
Afin d'étudier le rôle de Mycoplasma pneumoniae (MP) et de Chlamydia pneumoniae (CP) dans l'asthme, une étude prospective réalisée dans le service du Pr Dominique Gendrel (hôpital Saint-Vincent-de-Paul, Paris) a été menée chez des enfants âgés de 2 à 15 ans hospitalisés pour sibilances sévères (hypoxémie et échec clinique de plusieurs inhalations de bêta 2-mimétiques aux urgences). Les PCR spécifiques ont été réalisées à l'admission et les sérologies MP et CP à J1 et J21. Deux groupes d'enfants ont été constitués, l'un d'enfants asthmatiques connus, l'autre d'enfants considérés comme non asthmatiques (épisodes de sibilances < 3 avant l'âge de 2 ans et aucun après 2 ans).
Une fréquence élevée de l'hyperréactivité bronchique
Cent soixante hospitalisations ont été recensées en 3 ans. Chez les enfants asthmatiques, MP était en cause dans 20 % des cas et CP dans 3,4 % des cas. Dans le groupe de sujets dits non asthmatiques, MP était responsable de la moitié des cas et CP de 6 % des cas.
Dans le groupe de sujets non asthmatiques, 4 des enfants infectés par Mycoplasma pneumoniae qui n'avaient pas reçu de macrolides durant l'épisode infectieux initial ont présenté une récidive sévère dans les 3 à 4 semaines qui ont suivi et 2 ont dû être admis en unité de soins intensifs.
Les premiers résultats disponibles concernant le suivi des enfants considérés auparavant comme non asthmatiques et infectés par MP ou CP montrent que 15/18 enfants présentent une hyperréactivité bronchique et 8/18 un taux sérique d'IgE supérieur à 500 UI : une partie importante d'entre eux était donc à risque important de débuter un asthme. De plus 18/29 de ceux infectés par MP ou par CP ont présenté une nouvelle crise d'asthme dans les 6 mois à 1 an suivant. Chez les autres enfants, non asthmatiques et non infectés, l'hyperréactivité bronchique était moins fréquente et seulement 6/22 de ces enfants ont présenté une nouvelle crise d'asthme. Ainsi, le risque relatif de présenter une nouvelle crise d'asthme après un premier épisode d'infection par mycoplasme ou Chlamydiae avec wheezing est de 4,36 (1,14 < OR < 17,54).
Ces résultats sont préliminaires, mais ils montrent bien que, chez des enfants prédisposés, les infections à bactéries atypiques doivent être recherchées systématiquement au cours des premières crises d'asthme et traitées : MP et CP agiraient comme un facteur déclenchant de l'asthme chez ces enfants à risque.
D'après la communication du Pr Dominique Gendrel
(hôpital Saint-Vincent-de-Paul).
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