Alzheimer : le mauvais sommeil, un mauvais signe

Publié le 10/09/2012
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Crédit photo : PHANIE

On sait que l’amyloïde-bêta (A-bêta) commence à s’agréger dans le cerveau humain environ dix à quinze ans avant la survenue du stade clinique de la maladie d’Alzheimer.

L’amyloïde-bêta est sécrétée par les neurones dans le liquide interstitiel du cerveau (ISF). Une équipe de Saint-Louis a déjà montré qu’en l’absence d’agrégation A-bêta, les taux d’A-bêta dans l’ISF des souris et dans le LCR des humains oscillent : ils s’élèvent durant l’éveil et baissent durant le sommeil. Ils avaient aussi montré dans un modèle murin d’Alzheimer préclinique qu’un éveil forcé durant une période normale de sommeil augmente le taux ISF d’A-bêta, et qu’une restriction chronique du sommeil (4 heures par jour pendant 21 jours) aboutit à plus d’accumulation d’A-bêta dans le cerveau. Cela suggérait la possibilité que les troubles du sommeil pourraient favoriser le développement des dépôts d’A-bêta et peut-être aussi la maladie d’Alzheimer.

Dans leur nouveau travail, dont il est ici question, Roh et coll. mettent en évidence une boucle de rétroaction positive entre les troubles veille/sommeil et l’agrégation de l’A-bêta.

Ils montrent dans le même modèle souris qu’avant la formation de plaques d’A-bêta, les fluctuations d’A-bêta dans l’ISF et le cycle veille-sommeil sont tout à fait normaux. Toutefois, lorsque l’A-bêta s’est agrégée en plaques amyloïdes, l’oscillation d’A-bêta dans l’ISF disparaît et les souris voient leur sommeil s’écourter.

De même, chez de jeunes patients encore à la phase asymptomatique d’une forme familiale de la maladie d’Alzheimer (mutation PS1), on constate après la formation de plaques d’A-bêta une nette atténuation des fluctuations de l’A-bêta dans le LCR.

Une expérience chez la souris confirme le lien causal entre l’A-bêta et la perturbation du sommeil. En effet, lorsque le modèle murin est vacciné contre l’A-bêta dès le jeune âge, l’absence de développement des dépôts cérébraux d’A-bêta avec l’âge est associée à une normalisation des fluctuations diurnes d’A-bêta dans l’ISF et à un cycle veille-sommeil normal.

Roh et coll. Science Translational Medicine, 5 septembre 2012.

 Dr VÉRONIQUE NGUYEN

Source : lequotidiendumedecin.fr