Procès en appel d’une psychiatre condamnée après le meurtre commis par un patient

Publié le 10/02/2014
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Crédit photo : AFP

Le procès en appel de la psychiatre Danièle Canarelli s’est ouvert ce lundi après-midi à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). En décembre 2012, le tribunal correctionnel de Marseille avait condamné le médecin à un an de prison avec sursis pour homicide involontaire à la suite du meurtre commis par l’un de ses patients (lire l'intégralité du jugement). La prévenue de 59 ans, qui exerce toujours à l’hôpital marseillais Edouard-Toulouse, espère obtenir la relaxe, rejetant toute négligence.

Dans la salle, avaient pris place de nombreux collègues, qui se faisaient toutefois plus discrets qu’en première instance. Au terme d’un procès inédit qui avait fortement ému la profession, le tribunal correctionnel de Marseille avait estimé que « les défaillances relevées » dans le suivi de Joël Gaillard, de 2000 à 2004, étaient « à l’origine de l’errance du patient, de la fuite de l’établissement puis du passage à l’acte ».

Vingt jours après sa fugue, le malade tuait à coups de hachette, le 9 mars 2004 à Gap (Hautes-Alpes), le compagnon octogénaire de sa grand-mère, Germain Trabuc. Le « point d’orgue d’un parcours médical marqué d’une succession d’échecs », soulignait le jugement, aux mots très durs à l’encontre du docteur Canarelli.

Jugement de la psychiatrie ?

Des antécédents sous-estimés, des incidents banalisés, des alertes méconnues : « l’attitude de cette dernière a confiné à l’aveuglement », selon le tribunal. « Elle a persisté dans son approche thérapeutique en négligeant les avis multiples et concordants émanant de ses confrères », qui avançaient le diagnostic d’une « schizophrénie paranoïde » chez un patient ayant commis avant le drame plusieurs agressions, dont une tentative d’assassinat.

Pendant la période de soins, M. Gaillard, 44 ans aujourd’hui, fut hospitalisé d’office à quatre reprises. Or, à chaque fois, la praticienne lui a très vite accordé des sorties d’essai, mettant en avant « une relation de confiance avec l’équipe », « une bonne adhésion aux soins » et « une absence de symptomatologie patente ».

A l’audience, elle avait reconnu avoir été confrontée à un « problème de diagnostic », évoquant une « énigme ». Danièle Canarelli s’est retrouvée sur le banc des prévenus après la plainte de Michel Trabuc, un des fils de la victime, qui ne se satisfaisait pas du non-lieu prononcé dans l’affaire, Joël Gaillard ayant été déclaré irresponsable pénalement en raison de ses troubles psychiatriques.

« Le tribunal ne juge pas la psychiatrie, il juge un cas d’espèce », avait pris soin de rappeler le président Fabrice Castoldi en rendant son délibéré en décembre 2012. En effet, « la loi n’impose pas au médecin une obligation de résultat », de surcroît « la prédictivité et le risque zéro n’existent pas ».

La rédaction (avec AFP)

Source : lequotidiendumedecin.fr