« Ni conformiste, ni complotiste », un généraliste sonne l’alerte sur les risques d’un reconfinement

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Publié le 30/01/2021

Crédit photo : PHANIE

« Pourquoi nous devons refuser un troisième confinement ». Dans une tribune diffusée le 25 janvier, le Dr Fabien Quedeville détaille les raisons pour lesquelles il s’oppose à un reconfinement de la France.

Le texte, cosigné par plus de 350 personnes en milieu de semaine, parmi lesquels de nombreux professionnels de santé, a été publié sur le site « Bas les masques » dont le Dr Quedeville est contributeur depuis son lancement. Il a été largement relayé sur les réseaux sociaux, accompagné du hashtag #JeNeMeConfineraiPas. De nombreux complotistes déniant l’existence d’une crise épidémique l’ont très vite repris à leur compte.

Le généraliste de Chilly-Mazarin (Essonne), qui se dit « ni conformiste, ni complotiste », souhaite se démarquer de cette mouvance. Il n’appelle pas non plus à la désobéissance civile. « Si le gouvernement choisit de reconfiner la France, je respecterai la loi bien sûr. Mais d’ici là, je souhaite tout faire pour appeler à une prise de conscience sur les conséquences désastreuses que cette décision entraînerait », confiait le Dr Quedeville au « Quotidien » en milieu de semaine.

« Une épidémie se mesure au nombre de malades pas au nombre de tests positifs »

Dans le texte qu’il a publié, il conteste l’analyse de la situation épidémique en France faite par le conseil scientifique présidé par le Pr Jean-François Delfraissy. Aux chiffres de la DGS basés sur les tests PCR et la tension dans les services de réanimation, qui évoquent une recrudescence de l’épidémie, il oppose ceux du réseau Sentinelles (dont le Dr Quedeville est membre) établis à partir des consultations des médecins généralistes et pédiatres libéraux.

Depuis près d’un an, ce dispositif a étendu sa surveillance aux infections respiratoires aiguës afin de suivre l’évolution de l’épidémie de Covid-19. « Si vous regardez les chiffres de Sentinelles, vous constatez que le taux d’incidence est bas depuis le mois de novembre, aux alentours de 19 pour 100 000 habitants, explique-t-il. SOS Médecin relève également que le nombre de consultations pour suspicion de Covid est stable ».

Pour le généraliste, il n’y a donc aucune raison de s’affoler. « Une épidémie se mesure au nombre de malades, pas au nombre de tests positifs. 78 % des gens testés sont asymptomatiques. Or aucune étude ne démontre aujourd’hui que ces personnes sont contagieuses, poursuit-il (*). On confond les asymptomatiques et les présymptomatiques. Si vous voulez réellement connaître la contagiosité des gens, il faut mesurer leur charge virale. »

Un bénéfice sur risque défavorable

Conclusion : le gouvernement ferait fausse route en imposant un nouveau confinement. « Les risques d’une telle mesure sur la santé psychologique de la population sont bien supérieurs aux bénéfices qu’on peut en attendre », avance le Dr Quedeville. Il égrène les conséquences d’un nouvel isolement sur la santé psychologique d’une population fragilisée : stress, troubles anxiodépressifs, syndrome de glissement chez les personnes âgées, obésité chez les enfants, précarité sociale des étudiants…

« Je le constate dans ma patientèle… des gens qui vont bien habituellement, je leur prescris des antidépresseurs parce que je n’ai pas d’autre solution, dit-il. Cela touche toutes les tranches d’âge, toutes les classes sociales et la situation va s’aggraver si la crise économique s’accentue ! » Le médecin lance un « appel solennel au président de la république en lui demandant de prendre la décision courageuse de sortir de la logique infernale des confinements successifs ».

Tous les médecins ne font pas la même analyse de la situation. « Si on ne fait rien, on risque une nouvelle vague et le débordement des hôpitaux », a alerté mardi le Pr Bruno Riou, directeur médical de crise du CHU francilien favorable à un reconfinement strict ou aménagé. La contagiosité des nouveaux variants et l'exemple du Royaume-Uni, qui enregistre plus de 1 200 décès par jour, font craindre le pire aux autorités.

(*) Santé Publique France publie une synthèse des études portant sur la part des parts asymptomatiques et la transmission du SARS-CoV-2 en phase présymptomatique


Source : lequotidiendumedecin.fr