Le paradoxe de la sous-médicalisation et des inégalités de santé en France

Publié le 28/04/2014
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Crédit photo : S. TOUBON

C’est un paradoxe : le système de santé français considéré comme l’un des plus performants par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est aussi un des pays de l’Europe de l’Ouest où les inégalités sociales et territoriales sont les plus marquées. La sous-médicalisaton, était un des thèmes abordés lors d’un colloque organisé à la Faculté de Bobigny.

Depuis la fin de la dernière guerre mondiale, l’espérance de vie a progressé de façon constante. D’après les données de l’INSEE, à 35 ans une femme peut espérer vivre encore en moyenne 49 ans et un homme 43 ans, dans les conditions de mortalité observées en 2000-2008 en France.

En un quart de siècle, les femmes de 35 ans ont gagné 4,4 ans d’espérance de vie et les hommes près de 5 ans.

Différente selon le sexe, l’espérance de vie l’est aussi selon la catégorie sociale. Ainsi les hommes cadres de 35 ans peuvent espérer vivre encore 46 ans, les hommes ouvriers 39 ans et les inactifs 28,5 ans.

Par ailleurs, les cadres, hommes ou femmes ont également une espérance de vie sans incapacité plus longue que les ouvriers, d’après une étude basée sur l’Échantillon démographique permanent de l’enquête sur la santé et les soins médicaux de 2003.

Des inégalités de recours aux soins

Les difficultés d’accès aux soins, le renoncement de recours aux soins pour des raisons financières ou l’usage partiel des droits et des services par manque d’information (non recours à l’ACS = Aide à l’aquisition d’une complémentaire santé) expliquent en partie la « sous médicalisation » constatée en France, souligne Florence Amrouche, mandataire judiciaire à la Protection des Majeurs (protection des personnes vulnérables).

En France, les dépenses de santé sont financées à hauteur d’environ 75 % par la sécurité sociale. Le reste à charge des patients peut être financé grâce à une assurance complémentaire obtenue par le biais de l’employeur, ou grâce à une cotisation volontaire (mais 14 à 20 % des personnes aux revenus les plus modestes ne sont pas couverts par une complémentaire santé en raison de son coût). La CMUC peut être, elle, obtenue gratuitement sous condition de ressources.

Cependant, la mise en œuvre d’une politique d’accès aux soins des plus défavorisés ne garantit pas toujours leur accès réel aux soins (refus de soins aux bénéficiaires de la CMUC ). (1)

De plus, en France 25 % des médecins généralistes, 40 % des médecins spécialistes sont inscrits en secteur 2 et peuvent pratiquer des dépassements d’honoraires. Une partie des contrats de couverture complémentaire ne prenant en charge que le ticket modérateur, ces dépassements sont à l’origine de restes à charge pour les patients y compris pour ceux atteints de maladie chronique dont les soins afférents sont couverts par une exonération du ticket modérateur pour affection de Longue durée (ALD).

« Sur- et sous-médicalisation, surdiagnostics et surtraitements », 3e Colloque de Bobigny organisé par le groupe Princeps, le Département de Médecine Générale de la Faculté de Médecine de Bobigny, la société de formation à la thérapeutique du Généraliste, l’association Civic Santé.

Dr Michellne Fourcade

Source : lequotidiendumedecin.fr