La HAS propose une baisse du remboursement de 65 % à 15 % des benzodiazépines hypnotiques

Publié le 24/07/2014
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Crédit photo : PHANIE

La Commission de la transparence (CT) de la Haute Autorité de santé (HAS) vient de rendre publique sa réévaluation des benzodiazépines hypnotiques et produits apparentés, et le constat est tout sauf tendre : « Face à l’effet faible des benzodiazépines sur le sommeil et dans la continuité des actions menées par la HAS, la CT a positionné au plus bas niveau d’intérêt les benzodiazépines hypnotiques et produits apparentés », estiment les membres de la Commission dans un communiqué accompagnant les huit avis issus de sa réunion du 25 juin 2014.

« Sur une longue période, la faible efficacité de ces médicaments sur la durée du sommeil, leurs effets délétères et le mésusage constaté » conduisent la Commission à conclure à « un intérêt thérapeutique limité de ces médicaments ». Elle préconise une diminution du taux de remboursement à 15 %, contre 65 % auparavant.

Quatre millions de consommateurs réguliers

La France compte environ 4 millions d’utilisateurs réguliers de benzodiazépines, ce qui en fait l’un des plus gros consommateurs au monde. La HAS, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et la Direction générale de la santé (DGS) se sont engagées depuis 2012 dans un plan d’action concerté et ont lancé des signaux d’alarme afin de promouvoir une réduction de la consommation en France.

En 2012 et 2013, un état des lieux sur la consommation des benzodiazépines effectué par l’ANSM montrait une prévalence d’exposition aux benzodiazépines stable entre 2007 et 2012. Cette dernière est estimée à 11 % de la population affiliée au régime général pour les benzodiazépines anxiolytiques et 6,5 % pour les benzodiazépines hypnotiques ou molécules apparentées.

Huit molécules et leurs génériques

La baisse du service médical rendu concerne : l’estazolam (Nuctalon, Takeda), le loprazolam (Havlane, Sanofi), le lormétazépam (Noctamide, Bayer), le nitrazépam (Mogadon, Meda Pharma), le témazépam (Normison, Primius Lab), le zolpidem (Stilnox, Sanofi Aventis), le zopiclone (Imovane, Sanofi Aventis) ainsi que leurs génériques. Les membres de la commission rappellent les effets indésirables bien connus de ces molécules, et notamment les troubles de la mémoire, la baisse de la vigilance, les troubles du comportement et le risque accru de chutes, en particulier chez le patient âgé.

La CT recommande en outre une prescription de la plus faible dose et pour la plus courte période possible, en seconde intention, après échec des thérapies cognitivocomportementales. La HAS estime qu’il ne faut pas renouveler systématiquement les prescriptions de benzodiazépine.

La durée de prescription est actuellement limitée à quatre semaines, mais il arrive que la consommation s’étende sur plusieurs mois, voire plusieurs années. « Or, au-delà de 28 jours, l’efficacité est incertaine, les risques d’effets délétères augmentent ainsi que celui de dépendance, » note la Commission.

Des campagnes d’information percutantes

La HAS recommande enfin « une meilleure information du public sur les risques de l’utilisation chronique de ces médicaments et sur leur bon usage par la mise en œuvre d’une campagne médiatique percutante » ainsi qu’un renforcement de la formation initiale et continue des professionnels de santé sur le bon usage des benzodiazépines et leurs modalités d’arrêt.

La CT souhaite également que l’on développe « l’usage et l’accès aux prises en charge non médicamenteuses », et notamment les thérapies cognitivocomportementales.

Damien Coulomb

Source : lequotidiendumedecin.fr