La canneberge est inefficace en prévention des infections urinaires... même chez les femmes âgées

Par Dr Irène Drogou
Publié le 28/10/2016
- Mis à jour le 28/10/2016
cranberry

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Crédit photo : PHANIE

En jus ou en capsules, la consommation de canneberge (« cranberry » en anglais) très en vogue depuis quelques décennies n'est pas à la hauteur des attentes pour la prévention des infections urinaires (UI) de la femme.

Présentée au congrès de l'Infectious Diseases*, une étude du « JAMA » chez 185 Américaines résidant en maison de retraite, âgées de 86 ans en moyenne, enfonce le clou en démontrant l'inefficacité du produit en capsules dans la dernière indication encore considérée comme potentiellement intéressante, la prévention des IU chroniques de la femme âgée.

Un mythe déjà bien écorné

Depuis quelques années, les données sont contradictoires sur la canneberge en prévention des IU mais en 2012 déjà, une revue Cochrane conclut pour la première fois que « le jus de canneberge est moins efficace que précédemment indiqué » et qu'il « ne peut plus actuellement être recommandé en prévention des IU ».

Dans son dernier avis datant de fin mai 2016, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) avait estimé de nouveau que « l'efficacité de la canneberge n'est à ce jour pas démontrée » et que « les données, notamment cliniques (suivi de patients), sont actuellement insuffisantes ».

Ce traitement « naturel » de phytothérapie a pourtant gagné l'adhésion populaire, fort d'un rationnel scientifique convaincant lié à la présence de substances antioxydantes proanthocyanidines (PAC) antibactériennes. Dans des études expérimentales, ces produits ont la propriété d'inhiber l'adhésion des bactéries E. Coli aux cellules des voies épithéliales. Néanmoins, les essais cliniques, qui « présentent souvent des lacunes méthodologiques », selon l'ANSES, peinent à convaincre.

Peu étudiée, l'utilisation chez la femme âgée présente un intérêt particulier, car la prévalence de la bactériurie est de l'ordre de 25 à 50 % en maisons de retraite. C'est ainsi que l'équipe de Manisha Juthani-Mehta de l'université de Yale (New Haven) a décidé de s'intéresser de plus près à l'utilité des PAC chez la femme âgée, les chercheurs ayant eux-mêmes conclu en faveur par le passé dans l'une des quelques études existantes.

Les médecins ne devraient pas recommander son utilisation

Ici, les chercheurs concluent à l'absence d'effet significatif de la prise quotidienne pendant 1 an de capsules de canneberge, l'équivalent de 500 ml en jus. La présence de bactériurie (≥ 105/ml) avec pyurie, recherchée tous les 2 mois, était de 29,1 % et 29 % respectivement dans le groupe canneberge et le contrôle, le nombre d'IU symptomatiques de 10 versus 12.

Cette étude randomisée contre placebo ne laisse guère de place au doute. La dose de PAC était standardisée (2 capsules de 36 mg, soit 72 mg/jour), et la définition de l'IU précise et restrictive. Un éditorial associé signé par une interniste canadienne, le Dr Lindsay Nicholle, est sans appel.

« La promotion continue de l'utilisation de la canneberge en prévention des UI dans la grande presse ou sur le Net n'est pas cohérente avec la réalité des études négatives répétées ou d'études positives avec des biais méthodologiques, explique Lindsay Nicholle, qui appelle à tester d'autres interventions thérapeutiques. Une personne peut, bien sûr, choisir de consommer du jus ou des capsules comme bon lui semble. Cependant, les médecins ne devraient pas recommander son utilisation (...). Ce n'est pas rendre service aux patientes. »

* Congrès IDWeek 2016, du 26 au 30 octobre 2016, Nouvelle-Orléans