Jeunes et migrants : l'OFDT alerte sur la précarisation de la santé des usagers de drogues

Par
Coline Garré -
Publié le 16/12/2019

Crédit photo : S. Toubon

Les conditions de vie des usagers de drogues marginalisés sont toujours plus précaires, avec comme conséquence, une dégradation de leur état de santé, alerte l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) à la lumière des derniers chiffres issus du dispositif TREND (tendances récentes et nouvelles drogues). Ce réseau de huit sites en métropole assure depuis 1999 une veille sur les tendances et phénomènes émergents dans les addictions. 

En 2017-2018, l'OFDT observe une augmentation des actions des forces de police à l'encontre des usagers de drogues présents dans l'espace urbain des grandes villes Françaises (Rennes, Lyon, Lille, Paris et Toulouse). Y compris aux abords des centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (CAARRUD). Les sites TREND déplorent une fermeture des squats situés en centre-ville : les usagers se réfugient alors dans des habitats précaires en banlieue, dans des abris de fortune insalubres, « ce qui dégrade encore davantage leur état sanitaire » ou tentent de se tourner vers les centres d'hébergement d'urgence, déjà saturés. 

15-25 ans, mineurs non accompagnés, Européens de l'Est

L'Observatoire attire plus particulièrement l'attention sur la situation des jeunes usagers précaires (15-25 ans), dont la visibilité dans les centres-villes s'est accentuée en 2018, en particulier à Bordeaux, Lyon et Rennes. Leurs polyconsommations (alcool, cannabis, et les produits disponibles, Skenan, crack, héroïnes), « ne peuvent être dissociées de conditions de vie extrêmement précaires dont elles sont à la fois la cause et la conséquence », lit-on. 

De même, les mineurs non accompagnés, en majorité d'Algérie ou du Maroc, semblent de plus en plus présents dans les espaces publics des centres-villes. Pour ces jeunes à l'état de santé physique et psychique très dégradé (stress post-traumatique, troubles dépressifs et anxieux, infections, automutilations, scarifications...), « les produits psychoactifs constituent un moyen de régulation de leur état psychique et d'adaptation fonctionnelle » à la rue, lit-on. 

Autre population précaire, l'OFDT constate en 2018 une augmentation des arrivées d'usagers issus d'Europe de l'Est, notamment de Géorgie. Leur santé est très dégradée, en raison de conditions de vies difficiles, de pratiques d'injection, et d'une forte prévalence d'hépatite C. En outre, nombreux sont ceux qui restent éloignés des structures de soins (peur de la stigmatisation) et d'hébergement et des pratiques de réduction des risques, ce qui rend les accompagnements difficiles à mettre en place. 

Enfin, l'Observatoire fait état d'un « ancrage » du chemsex (sexe sous drogues) chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes (HSH). Il s'inquiète en particulier de pratiques à risque chez les jeunes se livrant ponctuellement à la prostitution ou de l'abolition du consentement sous toxiques. 

Extension de la drogue (notamment cocaïne) dans tous les milieux 

Au-delà des publics marginalisés, l'OFDT pointe le recours aux drogues chez de nouveaux publics. Ce qui s'explique notamment par une offre qui se développe (avec des substances plus fortes et plus pures) et sait s'adapter à de nouveaux acheteurs (livraisons à domicile, par exemple). 

L'OFDT rapporte en 2018 l'émergence d'une consommation de cocaïne chez de très jeunes majeurs (reçus dans les consultations jeunes consommateurs de Lyon, Bordeaux, et Metz), socialement insérés, le renforcement des usages chez les jeunes en errance, voire la diffusion du produit dans des services d'hospitalisation psychiatrique. En outre, le recours à la cocaïne sous sa forme base (crack) ne concerne plus seulement les usagers vulnérables, mais aussi des amateurs de psychotropes intégrés, parfois précaires professionnellement mais évoluant au sein du milieu festif techno alternatif, ou socialement et professionnellement bien installés.

« Ces consommations de cocaïne basée restent souvent méconnues des acteurs du soin qui les suivent car les usagers en font rarement spontanément état. Même si beaucoup savent qu'il s'agit de crack, ce terme reste très lié dans les représentations à la figure de l'usager désocialisé », prévient l'OFDT. La toxicité n'en est pas moins grande : le nombre d'intoxications reportées a été multiplié par dix entre 2010 et 2017 ; la part des décès par surdose où la cocaïne a une responsabilité est passée de 10 % en 2010 à 26 % en 2017. Et la part des demandes de soins liées en priorité à la cocaïne dans les centres spécialisés s'est accrue de 80 % entre 2014 et 2018. 

L'OFDT alerte enfin sur des usages grandissants de kétamine, GHB-GBL ou protoxyde d'azote, dans différents milieux, des scènes festives plus ou moins alternatives, aux étudiants, voire aux lycéens.

Coline Garré

Source : lequotidiendumedecin.fr