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Epidémie de pneumopathies : le vapotage en question

Publié le 07/11/2019
Epidémie de pneumopathies : le vapotage en question


AFP

En date du 29 octobre, 1 888 cas de lésions pulmonaires associées à l’utilisation de la cigarette électronique ont été signalés aux centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) des États-Unis. Parmi eux, 37 décès ont été confirmés. « Le Wisconsin nous a notifié le 1er août un premier cluster de lésions pulmonaires survenues dès juillet 2019 chez des jeunes adultes », indiquent les CDC. Ce syndrome a été surnommé EVALI pour « e-cigarette, or vaping, product use associated lung injury ».

« Il s’agit d’une maladie respiratoire pulmonaire sévère et aiguë liée à l’inhalation de substances toxiques. Elle se manifeste chez des "vapoteurs". Sa présentation radiologique est variée et elle peut conduire à une détresse respiratoire », explique au « Quotidien » le Dr Anne-Marie Ruppert, pneumologue à l’hôpital Tenon (AP-HP) et responsable du groupe Tabac et toxiques inhalés de la Société de pneumologie de langue française (SPLF). « EVALI est considérée comme un diagnostic d’exclusion car, à l’heure actuelle, il n’existe aucun test ni marqueur spécifique pour son diagnostic », soulignent les CDC (lire article Comment repérer les cas?).

84 % ont consommé du THC

Sur le plan clinique, les symptômes sont principalement respiratoires (toux, douleur à la poitrine, essoufflement), gastro-intestinaux (douleur abdominale, nausées, vomissements et diarrhée) et constitutionnels (fièvre, frissons et perte de poids). « La plupart des patients semblent bien récupérer après arrêt de la cigarette électronique et traitement par corticoïdes », précise le Dr Ruppert.

Hommes jeunes

Les patients sont principalement des hommes, jeunes (âge médian de 24 ans), sans comorbidités et ayant utilisé des produits à base de tétrahydrocannabinol (THC), le principe actif du cannabis, avec leur cigarette électronique. Ce profil de patients concorde avec celui des 53 cas de l’Illinois et du Wisconsin qui ont fait l’objet d'une étude parue en septembre dans le « New England Journal of Medicine » (1). Parmi eux, 84 % avaient utilisé leur cigarette électronique avec du THC. « Dans tous les cas, des anomalies ont été décelées à la radiographie ou au scanner thoraciques, le plus souvent au niveau des deux poumons », détaille Jennifer Layden, première auteur de l’étude.

Malgré les investigations, aucune cause n’a pu être formellement identifiée à ce jour du fait notamment de la multiplicité des produits et des dispositifs d’e-cigarette rapportés. « Les professionnels de santé doivent envisager plusieurs étiologies, y compris la possibilité d’une EVALI et d’une infection concomitante », recommandent les CDC, qui encouragent les médecins à interroger les patients sur leur utilisation de la cigarette électronique et sur la nature des substances associée.

« Les dernières découvertes suggèrent que les produits contenant du THC, en particulier ceux obtenus dans la rue, seraient liés à la plupart des cas et joueraient un rôle majeur dans l’épidémie », notent les CDC dans leur point de situation hebdomadaire du 31 octobre. Un dosage urinaire du THC est donc préconisé.

L’huile de vitamine E a également été incriminée, mais les données manquent encore. « Les substances huileuses sont toxiques pour les poumons lorsqu’elles sont inhalées, note le Dr Ruppert. Les lavages broncho-alvéolaires ont mis en évidence de la graisse au niveau des vacuoles des macrophages pulmonaires de certains patients ».

De nombreuses analyses sont en cours sur les différentes substances et sur différents échantillons biologiques de patients pour mieux cerner l’origine de cette épidémie.

Cinq cas au Canada

La pathologie EVALI a-t-elle dépassé les frontières américaines ? « Le 17 octobre 2019, l’Agence de la santé publique du Canada a signalé cinq cas confirmés ou probables de lésions pulmonaires graves liées à l’utilisation de la cigarette électronique au Canada, rapportent les CDC. Quelques autres cas internationaux possibles ont été signalés, mais au 31 octobre 2019, aucun autre pays n’avait signalé d’augmentation notable du nombre de lésions pulmonaires associée à l’utilisation de la cigarette électronique similaires à celle observée aux États-Unis ».

« Cette épidémie semble être liée à un mésusage de la cigarette électronique. Si vous utilisez des e-liquides commercialisés, vous n’avez pas de risque de pneumonie sévère liée à la cigarette électronique, avance le Dr Ruppert. À ce jour, les données en France sont rassurantes ». Les produits en circulation ne sont pas les mêmes qu’aux États-Unis, et la réglementation européenne en vigueur y est plus stricte (lire entretien p.3).  « Néanmoins, il existe des milliers de composants différents, qui peuvent être combinés sans qu’on connaisse les effets de telles associations, note la pneumologue. Il est difficile de savoir quelles substances les produits contiennent et quels sont les risques potentiels pour ces produits », reconnaît aussi la Food and drug administration.

« La toxicité à long terme de la e-cigarette n’est pas encore bien connue, mais plusieurs études suggèrent une réduction des risques par rapport au tabagisme », rappelle le Dr Ruppert, insistant sur le fait que les non-fumeurs doivent en être protégés.

(1) J. E. Layden et al., N Engl J Med, doi: 10.1056/NEJMoa1911614, 2019

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