Dr Florence Coussy : « Il y a beaucoup d'idées reçues autour du cancer du sein et de la grossesse »

Par Coline Garré
Publié le 03/10/2019
- Mis à jour le 03/10/2019

Crédit photo : DR

Sur les 60 000 femmes touchées par le cancer du sein en France, près de 3 000 ont moins de 40 ans. C'est à elles qu'est consacré Octobre rose cette année, tant leurs spécificités sont importantes à connaître. Le Dr Florence Coussy, gynéco-oncologue à l'Institue Curie, nous en parle.

LE QUOTIDIEN : Pourquoi consacrer Octobre rose aux cancers du sein chez les femmes jeunes ?

Dr COUSSY : Il ne faut plus d'errance diagnostique pour ces femmes jeunes qui ne sont pas touchées par le dépistage organisé. Le grand public et les médecins doivent avoir en tête l'existence de ces cancers et ne pas hésiter à aller jusqu'au bout des examens dès qu'une anomalie est suspectée. 

Quelles sont les spécificités des cancers du sein chez la femme jeune ?

D'un point de vue médical, on observe une sur-représentation des anomalies génétiques (10 à 12 % chez les jeunes vs 5 %) et des formes triple-négatif (20 à 25 % vs 10 à 15 %). En termes de traitements, il y a quelques spécificités, par exemple, dans l'hormonothérapie où l'on peut maximiser les résultats par un blocage ovarien. Mais les spécificités sont surtout liées aux sous-types de cancer (triple-négatif, HER2, etc.). 

Au-delà de la dimension médicale, la femme jeune présente des problématiques particulières, concernant le travail, la fertilité, la grossesse. Ainsi, nous évoquons systématiquement la question de la fertilité avec toutes nos patientes comme le veut le plan Cancer : conséquences des traitements sur la fertilité, techniques pour la préserver, importance d'avoir une contraception efficace pendant les traitements, etc.

La fertilité des jeunes patientes est-elle systématiquement préservée ?

L'information est systématique, mais concernant la préservation, c'est la patiente qui décide. Si elle souhaite congeler ses ovocytes, l'Institut Curie a mis en place un circuit rapide qui lui permet d'être reçue dès le lendemain en consultation à l'hôpital Cochin.

Lorsqu'il faut commencer la chimiothérapie avant la chirurgie, nous recourons davantage à la maturation in vitro, qui consiste à prélever des ovocytes immatures sans stimulation ovarienne. 

Nous adaptons les techniques de préservation de la fertilité aux traitements proposés à la patiente. Sans oublier que toutes ont leurs limites : nous ne préservons pas à tout prix la fertilité si les dosages hormonaux ou les échographies pelviennes laissent présager un échec. 

Comment s'articulent grossesse et cancer ?

Il y a beaucoup d'idées fausses autour de la grossesse. La majorité des patientes qui ont une grossesse après un cancer du sein l’ont spontanément, et cela n'est pas contre-indiqué. Ce n'est pas un facteur de récidive. 

Nous discutons des propositions de grossesse en réunion de concertation pluridisciplinaire. Il faut respecter un temps oncologique de sécurité, au minimum de 2 à 3 ans après la fin d'un traitement qui comprend chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie. Ce délai peut s'étendre jusqu'à 4 ou 5 ans, en fonction des caractéristiques d'agressivité initiales du cancer. 

Par ailleurs, nous pouvons parfois proposer à des patientes sous hormonothérapie (traitement long s'étalant sur 5 à 10 ans) d'arrêter le traitement pour mener à bien une grossesse. 

Si un cancer est détecté pendant une grossesse, différents traitements sont possibles : la chirurgie, mais aussi la chimiothérapie, à partir du 2e trimestre. Nous évitons de provoquer prématurément la naissance, tout en s'adaptant au rythme du traitement que requiert le cancer. Nous faisons en sorte que la patiente accouche à distance de la dernière injection de chimiothérapie. 


Source : lequotidiendumedecin.fr