Dix ministères engagés contre l'antibiorésistance : une feuille de route et 330 millions d'euros

Par
Damien Coulomb -
Publié le 17/11/2016
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Crédit photo : PHANIE

Le gouvernement a annoncé aujourd'hui sa nouvelle feuille de route sur l'antibiorésistance largement inspirée du rapport Carlet de septembre 2015 et des travaux préparatoires du Pr Christian Brun-Buisson qui avait pour mission d'animer le Comité interministériel chargé de proposer une stratégie sur l’antibiorésistance. Ce comité « a permis pour la première fois, de traiter d’un sujet de santé de manière transversale en impliquant 10 ministères », s'est réjoui la ministre de la Santé, Marisol Touraine.

Selon ce nouveau programme interministériel, l'État va réorienter 330 millions d'euros sur 5 ans afin de lutter contre l'antibiorésistance, via une utilisation plus raisonnée des antibiotiques. Cette somme devrait permettre, à terme, d'économiser « au moins 385 millions d'euros », selon les calculs des ministères des Affaires sociales et de la Santé, de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer et de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, qui sont à l'origine de ce programme. Les économies seraient principalement liées à la réduction de l'impact hospitalier de l'antibiorésistance.

Treize mesures

Le programme prévoit 40 actions et 13 mesures phare dont plusieurs sont centrées sur la formation des professionnels de santé avec la publication d'aides à la prescription, des incitations aux bonnes pratiques de prescription et la diffusion des mesures de prévention dans les domaines de la santé animale et humaine.

Les mesures aussi visent aussi à favoriser la recherche et l'innovation en matière de maîtrise de l’antibiorésistance, par la valorisation des produits contribuant à la maîtrise de l'antibiorésistance et les désormais incontournables partenariats public-privé. La collecte de données et la surveillance doivent également être développées, de même que la coordination interministérielle de maîtrise de l'antibiorésistance et l'intégration des efforts français dans un vaste plan européen de lutte contre l'antibiorésistance.

Sensibiliser le grand public

Une partie du programme se concentre aussi sur la communication auprès du grand public, avec le lancement du premier programme national intersectoriel de sensibilisation à la prévention de l'antibiorésistance et l'amélioration de l'accès à l'information et l'engagement citoyen.

Lors de la remise d'un livre blanc sur le sujet, le conseiller santé auprès du Défenseur des droits et fondateur de l'association le Lien, Alain-Michel Ceretti, avait d'ailleurs regretté l'absence d'une « campagne de communication grand public à la hauteur de l'enjeu ». Il avait rappelé que la campagne de communication « les antibiotiques, c'est pas automatique » avait permis de baisser de 20 % la consommation d'antibiotiques en France qui est depuis repartie à la hausse.

En 2014, la France était le troisième pays plus gros consommateur d'antibiotiques en Europe (après la Grèce et la Roumanie), selon l'ECDC: près de 100 millions de boîtes y sont remboursées chaque année, avec une exposition par habitant 30 % plus élevée que la moyenne européenne. Le ministère de la santé affirme en outre que 30 à 50 % de ces traitements sont prescrits inutilement car inadaptés aux pathologies diagnostiquées.


Source : lequotidiendumedecin.fr