Baisse de la prévalence de la démence chez les personnes âgées vivant en milieu rural

Publié le 10/02/2015
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Crédit photo : PHANIE

Chez les personnes âgées de plus de 65 ans vivant en milieu rural et agricole, la prévalence de la démence aurait significativement diminué, selon les derniers résultats d’une étude épidémiologique, intitulée AMI. « L’ampleur est inédite : sur 20 ans, on enregistre une baisse de la démence de 38 % en milieu rural », explique le directeur de l’étude, le Pr Dartigues, neurologue et spécialiste en santé publique à l’Université de Bordeaux Segalen.

Lancée en 2007, l’étude AMI – dirigée par le groupe de protection sociale complémentaire AGRICA, en partenariat avec la Mutualité sociale agricole (MSA) et l’Institut de Santé publique, d’épidémiologie et de développement (ISPED) – est un programme de recherche multidisciplinaire sur le vieillissement et la dépendance en milieu rural et agricole, portant sur environ 1 000 personnes de plus de 65 ans vivant en Gironde.

En 2009, les résultats préliminaires de l’étude AMI révélaient que les retraités agricoles étaient plus fréquemment touchés par les maladies neurodégénératives, mais qu’ils étaient globalement plus heureux que les citadins. En 2012, les résultats montraient que les personnes âgées vivant en milieu rural étaient souvent plus fragiles et plus fréquemment touchés par des affections de longue durée, mais qu’ils étaient pourtant très peu nombreux à résider dans des institutions spécialisées.

Baisse significative de la prévalence des déficits cognitifs

Cette fois, les chercheurs de l’ISPED et de l’INSERM ont comparé la cohorte AMI (906 patients) à la cohorte « PAQUID », portant sur 595 agriculteurs suivis dans le cadre d’une étude épidémiologique démarrée en 1988. Deux types de diagnostics ont été évalués : le premier, algorithmique, évalue grâce au Mini-Mental State examination (MMSE) les fonctions cognitives et la capacité mnésique d’une personne. Le deuxième, un diagnostic clinique, effectué par un neurologue, évalue l’altération des fonctions cognitives et leurs répercussions sur la vie quotidienne.

Ces travaux confirment une baisse significative de la prévalence des déficits cognitifs de 38 % en 20 ans et une meilleure sensibilité des médecins aux symptômes de la maladie. Cette diminution peut être corrélée à un meilleur niveau d’étude, une meilleure prise en charge des facteurs de risques cardiovasculaires, une amélioration de l’état de santé globale et des conditions de vie. Par ailleurs, les activités cognitives stimulantes permettraient de prévenir ou de retarder la survenue de troubles cognitifs et de démences. « Les activités de la vie quotidienne, comme la lecture, sont associées à une meilleure performance cognitive, trois heures après », explique Karine Pérès, chargée de recherche Inserm/ISPED à l’université de Bordeaux Segalen.

Baisse des déficiences visuelles

Autres résultats de l’étude AMI, la prévalence des déficiences visuelles aurait diminué de 7 %, passant de 31,8 % à 24 %. Ces résultats seraient associés à l’utilisation de lunettes « loupes », qui améliorent la vision de près, selon les chercheurs. « Un tiers de nos sujets sont atteints de déficiences visuelles, 49 % des sujets ont gagné un niveau au test de Parinaud », précise Karine Pérès. Parmi les 101 sujets présentant un déficit léger, 60 % ont récupéré des capacités normales, et parmi les 79 sujets présentant des déficits modérés à sévères, plus de 50 % ont vu leurs capacités s’améliorer, dont un tiers a recouvert des capacités visuelles normales en vison proche. « Il y a des leviers d’actions potentiels dans la prévention de la dépendance par une meilleure prise en charge ophtalmologique », poursuit Karine Pérès.

Aujourd’hui, les milieux ruraux font face à une pénurie d’ophtalmologistes. « Le message principal, c’est que la prévention marche chez les personnes âgées et que les maladies ne sont pas irrémédiables », conclu le Pr Dartigues.

Sophie Martos

Source : lequotidiendumedecin.fr