Stribild et Genvoya contre-indiqués dans le traitement du VIH pendant la grossesse

Par
Damien Coulomb -
Publié le 29/03/2019
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Crédit photo : PHANIE

Un traitement par l'association elvitégravir et cobicistat ne doit plus être initié pendant la grossesse d'une patiente infectée par le VIH. Si un tel traitement est déjà en cours au début de la grossesse, alors il doit être changé. Ces 2 recommandations diffusées par l'agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), font suite à la publication de données pharmacocinétiques issues de l'étude IMPACT P1026s.

Ces dernières montrent une diminution de 89 % de la concentration plasmatique d'elvitégravir au cours de la grossesse, ce qui entraîne un risque accru d'échec virologique et de transmission de la mère à l'enfant au cours de l'accouchement. Cette association est présente dans 2 spécialités : Stribild (fumarate de ténofovir, emtricitabine, elvitégravir, cobicistat) et Genvoya (ténofovir alafénamide, emtricitabine, elvitégravir + cobicistat). Cette alerte renforce l'idée selon laquelle les trithérapies à prise orale unique quotidienne ne sont pas adaptées lors de la grossesse.

Les modifications physiologiques du foie en cause

L'elvitégravir a besoin du cobicistat pour « booster » sa concentration plasmatique, mais cette stratégie n'est pas sans inconvénient. « En premier lieu, le cobicistat interagit avec d'autres médicaments, explique le Pr François Raffi, chef du service des maladies infectieuses et tropicales du CHU de Nantes. Par ailleurs, il agit en inhibant les cytochromes hépatiques, et les modifications physiologiques au cours de la grossesse réduisent son efficacité. »

Dans la pratique, cette alerte n'aura un impact limité sur la prescription : « Ils ne sont quasiment plus utilisés, résume le Pr Raffi. Principalement car les autres inhibiteurs d'intégrases disponibles, raltégravir, dolutégravir et bictégravir, sont aussi efficaces sans nécessiter de booster. Ce qui pouvait motiver certains médecins à les prescrire est leur simplicité d'emploi. » Au chapitre « désir d'enfant et grossesse » des recommandations du CNS et de l'ANRS, il est inscrit que Stribild et Genvoya sont « à éviter dans l’état actuel des connaissances », compte tenu du « peu de données disponibles ». Il faut cependant noter que c'est également le cas de toutes les trithérapies orales en un seul comprimé, à l'exception de l'Atripla (éfavirenz, emtricitabine, ténofovir disoproxil) qui est lui contre-indiqué.

« Ces traitements n'étaient pas recommandés, nous savons maintenant qu'ils sont en fait contre-indiqués », résume le Pr Raffi. Les traitements recommandés sont une association plusieurs médicaments : 2 inhibiteurs de la transcriptase inverse (zinvudine + lamivudine, ténofovir+emtricitabine ou abacavir + lamivudine) et un inhibiteur de protéase « boosté » par le ritonavir.

1 500 grossesses par an

Selon les données de l'enquête périnatale française volet femmes enceintes (Cohorte ANRS CO1), on estime qu'environ 2 femmes enceintes sur 1 000 sont infectées par le VIH en France, soit 1 500 naissances par an. Dans leur grande majorité, il s'agit de femmes cumulant plusieurs facteurs de risque : 75 % sont originaires d’Afrique subsaharienne, la majorité n’a pas d’activité professionnelle, 40 % sont célibataires et 20 % n’ont pas divulgué leur statut sérologique au géniteur. Dans 15 % des cas, la séropositivité est découverte au cours de la grossesse. En l'absence de traitement, le taux de transmission de la mère à l'enfant est 15 à 20 %. En France, la prise de traitement antirétroviral a réduit ce taux à 0,3 %, sur la période 2010-2015, soit moins de 5 naissances par an.


Source : lequotidiendumedecin.fr