Rémission prolongée de patient infecté par le VIH : un 2e cas avéré, un 3e possible

Par Damien Coulomb
Publié le 06/03/2019
- Mis à jour le 15/07/2019
patient de Londres

patient de Londres
Crédit photo : PHANIE

Un nouveau cas de rémission prolongée de patient infecté par le VIH a été présenté lors de la conférence internationale sur le sida et les maladies opportunistes que si tient actuellement à Seattle. Baptisés « patient de Londres », il est en rémission sans traitement depuis un an et demi, à la suite d'une greffe de moelle osseuse. L'annonce a été faite par des chercheurs du University College de Londres, à l'occasion de la conférence sur le sida et les maladies opportunistes (CROI) qui se tient du 4 au 7 mars, à Seattle. Le lendemain, un 3e cas possible de rémission était présenté.

La communauté scientifique se garde bien de parler de guérison. « Nous savons que le virus se réfugie dans les CD4 présents dans le poumon, le foie ou les reins, le système nerveux central où il est physiquement impossible d'aller vérifier un par un leur contamination », explique le Dr Asier Sáez-Cirión, responsable du groupe « Réservoirs et contrôle viral » à l'institut Pasteur de Paris et coresponsable de la cohorte de patients contrôleurs VISCONTI. « Nous sommes face à la même problématique que dans le cancer, on ne peut parler que de rémission prolongée », ajoute le chercheur.

Mais tout de même ! Seize mois après la greffe, le traitement antirétroviral du « patient de Londres » a été interrompu. Au bout de 18 mois supplémentaires sans traitement, le virus était toujours indétectable dans son plasma (moins d'une copie par millilitre). L'analyse des lymphocytes CD4 n'a pas non plus révélé la présence de virus latent susceptible d'être réactivé.

À l'image de Timothy Ray Brown, le « patient de Berlin » en rémission depuis 12 ans, le « patient de Londres » a bénéficié d'une greffe allogénique de cellules-souches hématopoïétiques provenant d'un donneur homozygote pour la mutation génétique rare CCR5 Δ 32. Cette dernière aboutit à l'absence de protéine CCR5 à la surface des lymphocytes T. Or il s'agit de la porte d'entrée du VIH dans le lymphocyte, ce qui rend les porteurs virtuellement résistants au VIH.

Un 3e cas prometteur a également été présenté à la CROI par le Dr Björn-Erik Jensen, de l'hôpital universitaire Heinrich Heine : le « patient de Düsseldorf ». Greffé en 2013 avec des cellules-souches hématopoïétiques, son histoire est très similaire à celle du patient de Londres. Au bout de 5 ans et demi de traitement antirétroviral, l'absence d'ADN viral dans les lymphocytes T CD4 prélevés au niveau des muqueuses rectales, de l'iléon et de la moelle osseuse a poussé les médecins à tenter d'interrompre son traitement. À ce jour, il s'est écoulé 3 mois depuis cette décision, et aucune virémie n'est détectable.

Ces deux malades ont été inclus dans le programme de recherche IciStem, auquel participe le Dr Sáez-Cirión. Ce programme entend explorer la piste des greffes de cellules-souches dans le domaine du VIH, et comprend 39 patients greffés, dont seulement 3 peuvent à ce jour se passer de traitement.

Réaction du greffon contre l'hôte

Après le cas du « patient de Berlin », de nombreuses questions perduraient : la greffe en elle-même était-elle responsable de cet état ? Quel était le rôle du traitement myéloablatif ? N'était-ce pas un simple coup de chance ? Pour le Dr Sáez-Cirión, le patient de Londres répond à ces questions et à bien d'autres.

« On sait maintenant qu'il n'est pas obligatoire de procéder à deux greffes, de soumettre le patient à un traitement myéloablatif très agressif ou d'arrêter le traitement antirétroviral immédiatement après la greffe, énumère-t-il. La particularité de ces deux patients, comparés à d'autres qui ont aussi reçu une greffe de cellules-souches hématopoïétiques CCR5 Δ 32/CCR5 Δ 32, c'est qu'ils ont subi une réaction du greffon contre l'hôte. Cela démontre l'importance de cette dernière. »

La greffe de moelle osseuse provenant d'un donneur CCR5 négatif n'est pas une stratégie de guérison viable à grande échelle, mais pour le Dr Sáez-Cirión, l'enjeu est ailleurs : « Nous savons désormais que la rémission durable n'est plus une chimère. Nous avons un but à atteindre. »

Damien Coulomb

Source : lequotidiendumedecin.fr