Dossier

25 mesures, 400 millions d'euros sur 5 ans

Médecins, patients : ce qui va changer avec le plan prévention

Publié le 29/03/2018
Médecins, patients : ce qui va changer avec le plan prévention

plan sante
Philippe Garo - PHANIE

Un plan cosmétique en-deça des enjeux ou l'amorce de la révolution de la prévention ? « Priorité prévention », présenté par le Premier ministre Édouard Philippe et Agnès Buzyn étonne.

L'interministérialité du plan, qui convoque les ministres de l'agriculture, de l'éducation nationale, de la recherche, de l'intérieur, de l'environnement, des sports, du handicap a été unanimement saluée, notamment par le président de la Société française de santé publique (SFSP), le Pr Emmanuel Rusch. « Nous sommes aussi sensibles à l'approche populationnelle qui pourrait éviter d'avoir une approche par risque et pathologie », ajoute-t-il. 

Rares sont les voix qui dénient aux 25 mesures leur intérêt. Le passage du forfait d'aide au sevrage de 150 euros par an et par assuré à un remboursement classique pour les traitements de la dépendance au tabac « est un signal fort », estime l'Alliance contre le tabac. L'extension du Nutri-score à la restauration collective et aux produits alimentaires manufacturés est vue d'un bon œil par son promoteur le Pr Serge Hercberg. Sont aussi salués par la CSMF et MG France l'extension des examens de santé de l'enfant de 0 à 18 ans, la supplémentation des femmes enceintes en acide folique, la prévention de l'obésité chez les enfants, ou encore le dépistage organisé du cancer du col de l'utérus (les spécialistes attendent désormais des progrès en matière de vaccination, voir ci-contre).

Nathalie Latour, déléguée générale de la Fédération Addiction, se félicite de la nouvelle impulsion donnée aux consultations jeunes consommateurs (CJC), dans leur vocation de proximité et d'« aller vers », tout en restant critique sur leur financement par les recettes de l'amende forfaitaire pour usage simple de stupéfiant. 

L'Association française de l'étude du foie (AFEF) et Aides applaudissent les annonces relatives à l'hépatite, notamment l'officialisation d'une date butoir pour l'éradication du virus (2025), et l'ouverture de la prescription des antiviraux d'action directe aux médecins non hépatologues - anticipée par l'AFEF via la publication de recommandations pour les non-spécialistes. 

« Le service sanitaire est un bon moyen de déplacer le curseur du curatif au préventif », analyse le Pr Rusch. « À moyen terme, cela permettra de faire changer la vision et la place de la prévention », croit le Pr Bertrand Dautzenberg. 

Et sur le terrain ?  

Néanmoins, des doutes persistent quant à la capacité de ce plan à transformer l'existant. Malgré les efforts pour adopter une approche par âge de la vie, « l'approche par maladies reste prégnante », repère le Pr Rusch. Au niveau conceptuel, « on reste sur la prévention, alors qu'elle n'est qu'une partie de la promotion de la santé que nous défendons, définie par la Charte d'Ottawa comme le processus qui confère aux populations la maîtrise de leur santé et des moyens de l'améliorer ».

Autre grief : le silence sur la gouvernance : « Difficile de se faire une idée de la façon dont ces mesures seront déclinées dans les territoires », souligne le Pr Rusch. Exemple : « Comment coordonner la PMI, la santé scolaire, les professionnels du soin, les associations ? Nous avons les ingrédients, mais pas la recette. » 

« Pour que la crème anglaise prenne, il faut une cohérence du pilotage », dit en écho Nathalie Latour. Éviter, par exemple, qu'un établissement scolaire confie la prévention à un élève ambassadeur ou à un service sanitaire sans penser un programme dans la durée et la multidisciplinarité - ce qui risque d'aboutir à un millefeuille. 

Qui seront les nouveaux prescripteurs de l'hépatite C ? Le Pr Christophe Bureau, secrétaire général de l'AFEF, voit deux scenarii : « Ouvrir d'emblée à tous les non spécialistes, ou ouvrir dans un premier temps aux médecins exerçant en CSAPA, en CAARUD et en prison. Je crains que si l'on procède en 2 étapes, on perde trop de temps. » Le cahier des charges du Pass préservatif devrait aussi faire l'objet de discussions : « Il doit être une porte d'entrée à une discussion avec les jeunes pour les orienter vers des stratégies en fonction de leur profil, non un distributeur automatique », indique Franck Barbier, responsable nouvelles stratégies de santé de Aides. 

Du côté des syndicats, on attend aussi du concret : « Nous souhaitons des consultations longues de prévention à des âges clés de la vie », rappelle le Dr Jean-Paul Ortiz, à la tête de la CSMF. « Des consultations remboursées à 100 % comme ce qui existe en bucco-dentaire », enchérit le Dr Philippe Vermesch, président du SML, qui insiste sur le besoin de formation des soignants, tandis que MG France demande l'inscription de la valorisation de cette consultation dans la convention médicale. Son président le Dr Jacques Battistoni veut voir les choses du bon côté : l'absence de précision du plan offre toute latitude aux équipes de soins pour faire vivre la prévention au sein d'une communauté professionnelle territoriale de santé, dotée d'indicateurs - condition sine qua non pour accepter la généralisation de la vaccination antigrippale par les pharmaciens. 

Des absents : médecine du travail, alcool, sucre 

À front renversé, le Dr Jean-Paul Hamon de la FMF, dénonce « un catalogue de bonnes intentions » sans financements adéquats et pointe les absents : la médecine scolaire, la médecine du travail, ou encore les dentistes, dans les soins bucco-dentaires en EHPAD. 

L'absence de mesure sur le sucre voire le gras ne laisse pas d'étonner les observateurs. « Même sur le sel, on s'en remet au bon vouloir des industriels ; il faut des mesures directives et définir dans la loi des seuils à ne pas dépasser par catégorie d'aliment », réagit le Pr Hercberg. Qui s'est associé à d'autres médecins de santé publique et d'addictologie pour dénoncer l'insuffisance des mesures relatives à l'alcool (voir ci-contre), noyées sous l'influence du lobby alcoolier.  

Ce contenu est réservé aux abonnés

Je m'abonne à partir de 1 €

Déja abonné au journal ?

Activez votre abonnement web

Déjà abonné ?