L’essai sur un vaccin contre le MERS ouvre la voie à un vaccin contre le SARS-CoV-2.

Par
Elsa Bellanger -
Publié le 23/04/2020

Crédit photo : PHANIE

Dans la course aux vaccins contre le SARS-CoV-2, une nouvelle piste se dessine. Les résultats d’un essai, mené en Allemagne, sous l’égide du Centre allemand de recherche sur les infections (DZIF pour Deutschen Zentrum für Infecktionsforschung), pour un vaccin contre le MERS-CoV (Middle East respiratory syndrome coronavirus) pourraient se révéler prometteurs pour le SARS-CoV-2.

« Le développement du vaccin MERS fournit une base sur laquelle nous, au DZIF, pouvons rapidement développer un vaccin contre le nouveau coronavirus », affirme la Pr Marylyn Addo, cheffe de la division des maladies infectieuses au Centre médical universitaire de Hambourg-Eppendorf (UKE) et membre du DZIF.

Un vaccin vivant atténué

Ce vaccin est basé sur un virus atténué (MVA - Modified vaccinia Ankara), déjà utilisé contre la variole, qui a été modifié pour contenir des composants protéiques du MERS (1). L’essai visait à évaluer la tolérance au vaccin et sa sécurité, mais également sa capacité à déclencher la production d’anticorps et de cellules T, en prévention de l’infection par le MERS-CoV ou pour freiner son évolution. Les résultats ont été publiés dans « The Lancet Infectious Desease ».

L’essai a inclus 23 volontaires sains : 14 ont reçu une faible dose (1×10⁷ unité de formation de plaque - PFU) et 12 une forte dose (1×10⁸ PFU). Vingt-trois participants issus des deux groupes ont été vaccinés deux fois, à 28 jours d’intervalle. Aucun effet indésirable grave n’a été constaté.

Une production d'anticorps et de cellules T

Dans le groupe à faible dose, 67 événements indésirables ont été signalés chez dix des 14 participants (71 %). Dans le second groupe, 111 événements ont été recensés chez dix des 12 participants (83 %). Les évènements les plus courants étaient des douleurs (65 %), un gonflement (38 %), une induration (38 %), mais aussi des céphalées et de la fatigue. « Tous les événements indésirables se sont résolus rapidement (en 1 à 3 jours) et sans séquelles », indiquent les auteurs.

À l’issue de la vaccination de rappel, neuf (75 %) des 12 participants du groupe à faible dose et 11 (100 %) des participants du groupe à forte dose ont présenté une séroconversion à l'aide d'un test ELISA MERS-CoV. « Les titres d’anticorps de liaison étaient corrélés avec les anticorps neutralisants spécifiques au MERS-CoV. Des réponses des lymphocytes T spécifiques du pic MERS-CoV ont été détectées chez dix (83 %) des 12 participants immunisés du groupe à faible dose et dix (91 %) des 11 participants immunisés du groupe à forte dose », précisent les auteurs.

« Ces résultats montrent que le nouveau vaccin pourrait potentiellement être utilisé lors de futures flambées de MERS », se félicite le Pr Stephan Becker, de l’UNiversité de Marburg, dont le laboratoire a étudié les réponses en anticorps. Pour confirmer ces résultats, un prochain essai sera mené sur 160 sujets à Hambourg et Rotterdam.

Ces résultats serviront également de base pour le développement d’un vaccin contre le SARS-CoV-2, s’appuyant sur le même vecteur viral (MVA) dans lequel sera insérée une protéine de pointe SARS-CoV-2 pour remplacer la protéine de pointe MERS-CoV.

(1) Le vaccin a été développé, dès 2014, conjointement par l'Université Ludwig-Maximilians de Munich, l'Université Philipps de Marburg et le Centre médical Erasmus de Rotterdam.


Source : lequotidiendumedecin.fr