Don d'organes : l'Agence de la biomédecine redouble dans la sensibilisation pour contrer le ralentissement des prélèvements

Par Coline Garré
- Publié le 02/10/2018
- Mis à jour le 15/07/2019

L'Agence nationale de la biomédecine (ABM) lance non pas une campagne de sensibilisation, comme chaque automne, mais deux pour mobiliser le grand public au don d'organes alors que les chiffres de 2018 se révèlent moins bons qu'attendus. 

Du 8 au 28 octobre, sera diffusée une campagne nationale de sensibilisation au don de rein de son vivant, suivie d'une vaste communication sur le don post-mortem du 15 au 30 novembre, qui rappelle, comme en juin, le principe du consentement présumé réaffirmé dans la loi Touraine de 2016. 

« Trou d'air » au premier trimestre 2018 

Les chiffres de la greffe en 2017 ont été très satisfaisants, rappelle l'ABM, avec 6 105 greffes, soit une augmentation de 3,5 % par rapport à 2016 pour tous les organes (exception faite du cœur). Parmi elles, 611 greffes de rein et 18 de foie proviennent de donneurs vivants, et 1 796 donneurs étaient en état de mort encéphalique. Il y a eu aussi 234 greffes (178 de rein, 47 de foie, 9 de poumons) à partir de 99 prélèvements dans le cadre du protocole Maastricht 3 (+ 105% entre 2016 et 2017).

Mais le nombre de patients inscrits sur liste d'attente ne cesse de croître (23 828 en 2017, 590 décès). Parmi eux, 18 793 étaient candidats à une greffe de rein. Tandis que 3 782 greffes ont été réalisées.  

« Il y a un bond à faire, une marche importante encore à gravir pour atteindre les objectifs du plan greffe d'ici à 2021 », c'est-à-dire les 7 800 greffes, dont 1 000 de donneurs vivants, reconnaît le Pr Olivier Bastien, directeur Prélèvement Greffe organes-tissus. 

Mais, « nous constatons un trou d'air sur le premier trimestre 2018 pour tous les prélèvements », admet-il, avec 1 882 donneurs en août, contre 1 930 attendus. En cause : l'impact de la grippe particulièrement virulente début 2018, qui a révélé des tensions dans le parcours des greffons entre établissements, mais aussi une tendance au repli identitaire et à la baisse de la motivation, ou encore une meilleure prise en charge des AVC. « C'est heureux, mais il nous faut nous adapter en réussissant à diminuer la baisse du taux de refus pour le don post-mortem », encore au-dessus de 30 % en 2017, commente le Pr Bastien. Par ailleurs, pour la première depuis 10 ans, la France n'est plus autosuffisante en matière de cornées, et des opérations ont dû être annulées en 2018. 

Diversifier les sources de greffons et améliorer leur répartition

Le don du rein à partir du vivant semble se heurter à un plafond autour de 16 % de greffes, pointe le responsable de l'ABM.

Encourager le don de rein de son vivant devrait passer par une meilleure couverture assurantielle, estime le Pr Bastien, attendant de la part de la révision de la loi de bioéthique des évolutions sur ce point, ainsi que sur l'ouverture du don croisé. Gil Machac, qui a donné un rein à son frère en 2017, insiste, lui, sur l'importance d'encourager le donneur lors du processus. « On est très prévenu des risques, mais peut-être pas assez soutenu dans notre choix », explique-t-il. « Nous ne cherchons pas à convaincre, nous ne faisons pas de publicité pour le don, mais il est vrai que nous devrions davantage féliciter les donneurs », corrobore le Pr Marc-Olivier Timsit, urologue à l'Hôpital européen Georges-Pompidou. Le donneur Gil Machac propose aussi de mieux informer sur l'après-greffe, qu'il a mal vécue. 

L'Agence  met aussi l'accent sur les nouvelles règles de répartition des greffons cardiaques depuis janvier 2018 qui se veulent plus équitables et éthiques, grâce à la mise en place du score cœur. Le système existant montrait des limites, avec un encombrement de la filière dérogatoire des super-urgences, la non prise en compte de la survie attendue après la greffe, et un appariement inadéquat entre donneur et receveur. Le score cœur tient compte du risque individuel du patient de décéder en attente d'une greffe, de l'appariement en âge entre les acteurs, de la survie attendue et de la durée de trajet entre lieux de prélèvement et greffe. 

« C'est une innovation mondiale pour le cœur », se félicite le Pr Bastien. Si le recul n'est pas encore suffisant pour mesurer l'apport du score cœur, le score rein, revu en 2015, a permis d'améliorer l'appariement en HLA et l'accès à la greffe pour les jeunes receveurs, et la réduction des disparités régionales, qui restent néanmoins conséquentes.