Des Français ont mis au point des antibiotiques à large spectre prometteurs

Par Charlène Catalifaud
Publié le 10/07/2019
- Mis à jour le 10/07/2019

Crédit photo : PHANIE

Alors que la résistance aux antibiotiques inquiète de plus en plus, des chercheurs rennais ont mis en évidence l'intérêt potentiel d'une nouvelle classe d'antibiotiques. Inspirés d'une toxine produite par le staphylocoque doré, ces antibiotiques se sont révélés efficaces contre les bactéries multirésistantes à Gram positif et négatif chez la souris, et ne semblent pas entraîner de résistance. Ils ont d'ores et déjà été brevetés, et une étude de phase I devrait démarrer chez l'homme courant 2020 avec le CHU de Rennes. Cette découverte est parue dans « Plos Biology ».

« On estime que, d'ici à 2050, l'antibiorésistance sera responsable d'environ 10 millions de morts par an dans le monde si rien n'est fait. Lutter contre l'antibiorésistance est un énorme enjeu », indique au « Quotidien » Brice Felden (INSERM-université de Rennes), co-auteur de l'étude.

Une double activité antibiotique et toxique

Brice Felden et son équipe du laboratoire INSERM-université de Rennes (« ARN régulateurs bactériens et médecine ») ont découvert en 2011 une toxine synthétisée par le staphylocoque doré. La particularité de ce peptide bactérien : une double activité à la fois toxique et antibiotique. En effet, en plus de détruire les cellules immunitaires et les globules rouges, elle cible aussi les bactéries concurrentes.

« Nous avons alors eu l'idée de dissocier ces deux activités afin de supprimer la toxicité pour nos cellules humaines et d'augmenter du même coup l'activité antibiotique », raconte le chercheur.

Son équipe s'est alors associée aux chimistes de l'Institut des sciences chimiques de Rennes. En modifiant le peptide naturel, ils ont réussi à obtenir des molécules antibiotiques puissantes, stables et totalement dépourvues d'activité toxique.

Des résultats positifs chez deux modèles murins

Quatre nouveaux antibiotiques dits peptidomimétiques ont ensuite été testés chez des modèles murins de pathologies humaines. Chez des souris atteintes de sepsis sévère, deux antibiotiques se sont montrés efficaces pour lutter contre deux bactéries multirésistantes, le staphylocoque doré (Gram positif) et Pseudomonas aeruginosa (Gram négatif). Une survie de 60 % a été retrouvée chez les souris traitées 5 jours après le traitement, alors que 80 % des souris sont décédées dans le groupe contrôle.

Des résultats similaires ont également été retrouvés sur un modèle de souris présentant un abcès cutané. « L'injection de nos composés a permis de réduire la taille des abcès et leur quantité en bactéries. Ce qui signifie qu'il y a une diffusion de nos antibiotiques dans la zone infectée », précise le chercheur.

Les peptidomimétiques ont également été testés sur une cinquantaine de bactéries in vitro. « Nos molécules ont un très large spectre d'activité », résume Brice Felden.

Pas de résistance à court terme

Enfin, les chercheurs ont montré in vitro et in vivo que ces nouveaux antibiotiques ne provoquaient a priori pas de résistance sur une période de 15 jours (durée maximale d'un traitement antibiotique chez l'homme, sauf cas particuliers). « Cela ne veut pas dire qu'il n'y en aura pas un jour », précise toutefois Brice Felden.

Ces nouveaux antibiotiques agissent selon un mécanisme d'action original, qui devrait limiter le risque de résistance : « Ils entrent dans la membrane externe des bactéries et la déstabilisent en créant des trous, ce qui libère le contenu intracellulaire de la bactérie. Pour s'adapter, la bactérie devrait refaire une membrane, ce qui est complexe », explique le chercheur.