Montebourg s’attaque au monopole de « certaines professions de santé », les pharmaciens sur la défensive

Publié le 11/07/2014
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Crédit photo : AFP

Le ministre de l’Économie Arnaud Montebourg a annoncé jeudi que « certaines professions de santé » et d’autres secteurs réglementés (huissiers, notaires...) seraient mis à contribution dans le cadre du projet de loi « pour la croissance et le pouvoir d’achat » qu’il présentera à la rentrée. Afin de « restituer six milliards d’euros » de pouvoir d’achat aux Français, le ministre mise sur « une trentaine de mesures destinées à mettre fin aux monopoles », « à les corriger ou les transformer ».

Sans citer ouvertement le monde de l’officine, l’une des pistes de réforme pourrait porter sur l’ouverture de la vente des médicaments à prescription médicale facultative à la grande distribution. En décembre déjà, un avis de l’Autorité de la concurrence prônait l’« ouverture encadrée de la distribution au détail des médicaments non remboursables » afin d’animer le secteur et de faire baisser les prix.

Lobbying

Les pharmaciens ont réagi avec plus ou moins de vigueur au discours ministériel. « Arnaud Montebourg confond la santé et l’économie, s’agace Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO). On ne va pas relancer l’économie de la France en consommant plus de médicaments. Nous sommes en pleine mesure idéologique, encouragée par le lobby de la grande distribution qui prône la banalisation du médicament. »

Les médicaments « conseil » (nom que leur donnent les pharmaciens) représentent 12 % du chiffre d’affaires d’une officine, précise Gilles Bonnefond. Selon lui, les 22 000 officines font déjà figures de bons élèves sur le prix de ces produits (contre la fièvre, le rhume, les maux de gorge, l’herpès labial, le reflux gastro-œsophagien, etc.). « Les prix français sont deux fois moins chers qu’en Allemagne, 30 % moins chers qu’en Italie et 20 % moins chers qu’en Espagne », explique-t-il.

Démagogie

« Vigilant », le président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) tient des propos plus tempérés. « À ce stade-là, nous retenons surtout que le ministre n’a pas cité les pharmaciens... », déclare Philippe Gaertner, président de l’organisation. « Marisol Touraine a toujours clamé que le médicament n’est pas un produit comme les autres », rappelle-t-il.

La FSPF a demandé un rendez-vous à Arnaud Montebourg afin de discuter des détails du projet de loi.

Dans une lettre envoyée jeudi aux professionnels, la présidente du conseil national de l’Ordre des pharmaciens dénonce un « discours démagogique » dont la finalité est « d’instaurer une défiance à l’égard [des] professions [citées] pour mieux justifier des réformes ». Isabelle Adenot l’assure : « L’Ordre n’acceptera pas de voir brocarder la profession. »

A. B.-I.

Source : lequotidiendumedecin.fr