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La santé s'invite dans le grand débat national

Publié le 28/01/2019
La santé s'invite dans le grand débat national

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AFP

C'est – sur le papier – la grande absente des thèmes retenus par l'exécutif pour le grand débat national. Officiellement, la santé n'apparaît dans aucune des « problématiques majeures » − transition écologique, fiscalité et dépenses, démocratie et citoyenneté, services publics − qui animeront les discussions des deux prochains mois. Pour autant, le sujet s'invite déjà et risque fort de s'incruster. 

Plusieurs poids lourds du secteur ont déploré l'absence de la santé dans les thématiques officielles. La Fédération hospitalière de France (FHF) a accueilli la nouvelle « avec stupéfaction » appelant Emmanuel Macron à inclure la problématique de l'accès aux soins et des hôpitaux dans les concertations. Le président Frédéric Valletoux avait même proposé de mettre en place une conférence nationale du consensus sur la santé, idée restée lettre morte. Du coup, la FHF remettra ses propositions mi-mars, « dans le droit fil » de sa plateforme politique concoctée au moment de la présidentielle, confie Frédéric Valletoux. La FHF y prêchait notamment un conventionnement sélectif (en interdisant l'installation en secteur II dans les zones déjà sur denses), l'encadrement des rémunérations dans le privé pour éviter la concurrence déloyale, la PDS obligatoire et l'accroissement des compétences des paramédicaux.

Le terrain face aux technos

En ville cette fois, la CSMF vient d'appeler l'ensemble de ses syndicats départementaux et régionaux à organiser des débats avec les médecins libéraux pour « redonner la parole aux acteurs de terrain ». Un questionnaire sera mis en ligne afin que chaque praticien puisse s'exprimer. Lors de ses vœux, le président Jean-Paul Ortiz a longuement mis en cause les « technos » et les « énarques », déplorant le mépris vis-à-vis des corps intermédiaires. Pas en reste, le Syndicat des médecins libéraux (SML) prépare une contribution pour février dans le cadre du grand débat qui devrait faire la part belle à la simplification (encadré). Et le Regroupement autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants (ReAGJIR) réclame que soit traité le sujet de l'installation des médecins.

Certains ont pris les devants comme l'Association des petites villes de France (APVF) qui avance des propositions musclées pour combattre les déserts médicaux (lire page 3). La Mutualité française se prête au jeu, en organisant des débats citoyens avec comme leitmotiv la question des obstacles financiers à l'accès aux soins.

Masse de témoignages

Nul besoin de forcer le passage car le sujet émerge spontanément. « Les cahiers de doléances ouverts dans nos mairies regorgent d'interpellations sur l'accès aux soins et les hôpitaux », confirme Pierre Jarlier, président délégué de l'APVF et maire de Saint-Flour (Cantal). C'est dire à quel point la question préoccupe les Français.

Sur la plateforme officielle en ligne, la santé est très omniprésente mais de façon désordonnée – de l'appel au salariat des médecins à la suppression des mutuelles (voir ci-contre). Avec une question récurrente : comment cette masse de témoignages sera-t-elle synthétisée et utilisée par le gouvernement ? Une question que devrait trancher le « collège des garants ».

La santé fait irruption dans tous les débats en région, comme à Roubaix (ci-dessous). Emmanuel Macron a pu le constater lui-même lors de ses échanges marathon avec des maires dans l'Eure, le Lot et la Drôme. Médecin de campagne pendant 40 ans, le Dr Antoine Perrault, édile de Saint-Julien-sur-Sarthe (Orne), petite commune de 700 habitants, a exhorté le chef de l'État à contraindre les médecins thésés depuis cinq ans à s'installer, s'attirant les foudres de la profession... 

Inéluctable

Consultés actuellement en ligne, les lecteurs/internautes du « Quotidien » s'en donnent à cœur joie, avec des dizaines de contributions, éruptives ou argumentées. Suppression des agences régionales de santé (ARS) et de l'Ordre, C à 50 euros, défiscalisation des gardes, les médecins aussi ont leur mot à dire, à condition qu'on leur donne la parole.

À en croire le politologue Pascal Perrineau, désigné pour être l'un des cinq garants du grand débat, « la santé sera, de manière inéluctable, un thème abordé ». C'est déjà le cas. 

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