Dossier

Journée nationale d'action le 22 janvier

La psychiatrie publique se mobilise, en quête d'un nouveau souffle

Publié le 21/01/2019 - Mis à jour le 15/07/2019
La psychiatrie publique se mobilise, en quête d'un nouveau souffle

psy
SEBASTIEN TOUBON

« La psychiatrie ne sera plus le parent pauvre de la médecine, j’en fais une priorité de santé. » C'était le 26 janvier 2018. Agnès Buzyn montrait un visage déterminé aux psychiatres réunis au congrès de l'Encéphale à Paris. Un an plus tard, pour beaucoup, le compte n'y est pas.

Ce mardi mardi 22 janvier, une grande mobilisation nationale lancée par les « Pinel d’Amiens » – sobriquet éponyme pour les agents de cet hôpital psychiatrique en grève pendant sept mois, voir ci-dessous – est prévue à Paris, soutenue par trois syndicats de psychiatres et médecins généralistes (SPH, USP, SMG). Une pétition adressée à Agnès Buzyn et Emmanuel Macron, signée par plus de 3 000 professionnels et usagers, circule sur Internet.

« Services sur-occupés », « personnel en sous-effectif et débordé », « manque de structures extra-hospitalières »… Les « Pinel » dépeignent une psychiatrie publique « au bord du gouffre ». Et ils ne sont pas les seuls. En 2018, des dizaines de mouvements de grève ont émaillé l'actualité à Rennes, Le Havre ou encore Rouen. Les méthodes employées (grève de la faim, camping sauvage sur les toits, grévistes enchaînés aux grilles de l'ARS) sont à l'image du dégré de souffrance du secteur. 

Gardiennage

« La machine à soigner est en train d'être massacrée. » Le Dr Julie Cormier, psychiatre à l'hôpital Pinel et membre du collectif à l'origine de l'appel est écœuré. À Niort, où le personnel est en grève depuis 150 jours, Sandrine Fournier, secrétaire générale CGT, n'en pense pas moins : « Les agents ne font plus du soin mais du gardiennage ». En France, la psychiatrie affiche 27,8 % de postes de praticiens hospitaliers vacants. C'est la deuxième discipline la plus touchée par la pénurie médicale après la radiologie et l'imagerie.

Le manque de moyens pose aussi des questions éthiques. En 2016, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) a dénoncé une « généralisation »  du recours à l’isolement et à la contention dans les établissements de santé mentale, pratiques qui « portent atteinte aux droits fondamentaux des patients ».

« C'est toute la politique de santé mentale qui est à repenser », assure Isabelle Bouligaud, infirmière en pédopsychiatrie au CHU de Saint-Etienne, représentante FO et membre du collectif local La Psy cause. Elle sera de la partie ce mardi, malgré l'obtention de 500 000 euros pour son service après quatre mois de grève.

Manque d'ambition politique

La crise ne date pas d'hier. Entre 1990 et 2016, le nombre de lits par habitant en hospitalisation complète a diminué de moitié. Cette évolution, voulue par la sectorisation, n'a pas été suivie d'un transfert suffisant vers l'hospitalisation de jour. Depuis 1996, le nombre de places n'a progressé que de 21 % pour une patientèle multipliée par quatre en 25 ans. En parallèle, la patientèle a été multipliée par 2,5 sur la même période en hospitalisation complète.

Face à cette situation de crise, l'exécutif a tenté d'apaiser le secteur par des annonces politiques et financières. En juin, la ministre de la Santé a présenté sa feuille de route, réaffirmée en septembre dans le plan Ma santé 2022. Celle-ci prévoit l'extension à la psychiatrie de la pratique avancée pour les infirmiers en 2019, la création de projets territoriaux de santé mentale d'ici juillet 2020, le développement des stages en santé mentale et le renfort de la pédopsychiatrie (voir p. 3). Fin décembre, Agnès Buzyn a également débloqué 50 millions d'euros pour « répondre aux difficultés du secteur »et a lancé un fonds d'innovation de dix millions d'euros. L'enveloppe allouée à la psychiatrie sera également « préservée » dans la campagne tarifaire pour 2019, attendue début mars, a-t-elle assuré.

Ces mesures sont très largement insuffisantes pour les professionnels du secteur, qui réclament les grands moyens. « Il n'y a pas d'ambition clairement affichée par le gouvernement », regrette le Dr Rachel Bocher, présidente de l'Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH) et chef du service de psychiatrie du CHU de Nantes, qui réclame des mesures d'attractivité « fortes » pour les médicaux et les paramédicaux. 

Le manque de volonté politique est aussi vilipendé par le Syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH), qui appelle de ses vœux une « loi globale psychiatrie et santé mentale », seul moyen selon lui pour réformer en profondeur le secteur. 

Le Dr Christian Müller, président de la conférence des présidents de commission médicale d'établissement (CME) de centres hospitaliers spécialisés (CHS) en psychiatrie se montre en revanche plus tempéré. « On ne peut pas dire que rien n'est fait, il faut reconnaître des signaux encourageants ». Le praticien lillois place beaucoup d'espoirs dans la réforme des modes de financement des établissements de santé, qui comporte un volet psychiatrique. Son rapporteur Jean-Marc Aubert rend ses conclusions dans les prochaines semaines. 

 

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