Identifier des marqueurs prédictifs de chute dans l'ostéoporose

Une étude inédite avec des semelles connectées

Par
Karelle Goutorbe -
Publié le 27/06/2019
semelles connectées

semelles connectées
Crédit photo : DR

« La prise en charge de l'ostéoporose est insuffisante et le nombre de fracture augmente en France : on constate une hausse de 30 % des fractures de hanche chez les plus de 84 ans entre 2004 et 2013 », explique le Dr Karine Briot. À partir de 50 ans, un tiers des femmes et un homme sur cinq subiront une fracture au cours du reste de leur vie.

« Pour optimiser la prise en charge des patients à risque de fractures, il faut diminuer le risque de chute », ajoute le Dr Briot. Responsables annuellement de 12 000 décès par an et de 2 milliards d'euros de dépenses pour les collectivités en France, les chutes des personnes âgées sont la principale cause de fractures. « Chez les sujets de plus de 65 ans, la fréquence des chutes est estimée à environ 30 à 40 %. C'est également le premier motif de consultation aux urgences pour les patients de plus de 70 ans », rappelle la rhumatologue. De plus, les conséquences sont loin d'être négligeables. « Dans l'année qui suit une chute, le risque de nouvelle chute est multiplié par 20 et de décès par 4. C'est aussi un tournant dans la perte d'autonomie et une des premières causes de l'entrée en institution ». Recommandée par la Haute Autorité de Santé, l'identification du risque de chutes, surtout pour les sujets à risque d'ostéoporose, devient donc cruciale, d'autant plus qu'il existe des solutions pour y remédier. « Ce qui marche le mieux, ce sont les exercices physiques pour améliorer l'équilibre. Le Taï Chi, par exemple, a démontré son efficacité dans la réduction du risque de chute », ajoute le Dr Briot.

Des semelles connectées pour analyser la marche à domicile

Une étude va être menée au sein du service de rhumatologie de l'hôpital Cochin pendant 18 mois : 6 mois d'inclusion et un an de suivi rythmé par trois visites à 0, 6 et 12 mois. Elle portera sur 250 patients âgés de plus de 60 ans à risque élevé de fracture et de chute. « L'intérêt de cette étude prospective monocentrique est d'utiliser des semelles connectées pour améliorer la prédiction du risque de chute », explicite le Dr Briot. « Nous allons pour la première fois avoir accès à différents paramètres de marche, sous forme de données quantifiées, au domicile du patient », explique Mr Alexis Mathieu, cofondateur de la société FeetMe à l'origine des semelles connectées. En effet, les patients porteront les semelles pendant trois jours chez eux et rapporterons les enregistrements lors de l'initiation de l'étude, puis à 6 et 12 mois. Dans une semelle, sont intégrés 19 capteurs de pression, un capteur de mouvements et un micro-ordinateur. Rechargeables sans fil, ces semelles sont déjà utilisées dans différentes pathologies, comme la maladie de Parkinson, depuis plus de 7 ans par plus de 800 patients. Le kit de semelles nécessaire à cette étude, contenant différentes pointures, est au prix de 12 500 euros.

Évaluer la relation entre la vitesse de marche et le risque de chute

Différents paramètres seront enregistrés à partir des semelles puis analysés sur une plateforme : spatiotemporels, d'équilibre, d'asymétrie, vitesse de marche, répartition des pressions plantaire, temps de double appui, variabilité de la longueur du pas... « Corrélée à la mortalité, la vitesse de marche est un paramètre très intéressant. L'objectif de l'étude est de vérifier la relation entre la variation de la vitesse de marche et le risque de chute à un an dans une population à risque élevé de fractures et de chutes », relève le Dr Briot. La survenue de nouvelle(s) chute(s) et leurs conséquences seront analysées. « On fera aussi des tests physiques (TUG, appui unipodal, score SPPB) à 0, 6 et 12 mois pour évaluer l'existence d'une corrélation avec les paramètres enregistrés par les semelles. Ainsi, si la variation d'un paramètre est associée à plus de chutes, nous pourrons travailler dessus et évaluer l'effet de la rééducation sur celui-ci », espère la rhumatologue. En effet, l'objectif final est de proposer à chaque patient des traitements personnalisés, telle que de la rééducation, et d'en évaluer l'efficacité.

D'après la conférence de presse du laboratoire Amgen, de la société FeetMe et du service de rhumatologie de l’hôpital Cochin, le 15 mai 2019.

Karelle Goutorbe

Source : lequotidiendumedecin.fr