Loi de santé : 92 % des médecins libéraux craignent « un glissement vers le salariat » et vers « l'étatisation »

Loi de santé : 92 % des médecins libéraux craignent « un glissement vers le salariat » et vers « l'étatisation »

Marie Foult
| 07.03.2019

Le Syndicat des médecins libéraux (SML) a dévoilé ce mercredi les résultats d'une consultation* lancée dans le cadre du Grand Débat national auprès de sa base de médecins, adhérents ou sympathisants. Et les résultats sont, pour certains, surprenants. Les médecins sondés – 57 % d'hommes, pour moitié des médecins généralistes – sont 85 % à être satisfaits de leur exercice, et ce malgré une rémunération jugée peu satisfaisante par 55 % d'entre eux.

Concernant cette dernière, 92 % des médecins portent leur préférence vers le paiement à l'acte. La rémunération au forfait de certaines tâches ne séduit que 13 % d'entre eux, et le salariat 5 %. Concernant le mode de paiement de ces actes, il doit se faire pour 86,5 % par le patient et non par la caisse d'assurance-maladie ou les complémentaires dans le cadre du tiers payant. Malgré cela, 73 % des médecins pratiquent le tiers payant « occasionnellement » ou « dans les cas prévus par la convention » (maternité et patients en affection longue durée).

Questionnés sur leur charge de travail, les médecins la jugent globalement élevée. Ils sont même 37 % à sacrifier leur vie personnelle pour l'assumer, et 5 % n'arrivent plus à la gérer. Cette charge de travail lourde est due en partie à la hausse des charges administratives : pour 80 % des médecins, celles-ci leur prennent de plus en plus de temps. Ils y consacrent une demi-journée (53 %), voire une journée par semaine (31 %). Seulement 12 % les confient à un secrétariat.

Paradoxalement, alors que ces tâches leur pèsent, seuls un tiers des répondants juge utile d'embaucher un assistant médical. Si cette mesure – actuellement négociée entre l'assurance-maladie et les syndicats de médecins libéraux – venait à être appliquée, seulement 12 % en profiteraient pour embaucher un assistant médical.

Les CPTS, trop compliquées

Les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), qui font également l'objet d'une négociation conventionnelle, ne remportent pas plus l'adhésion des praticiens libéraux. 30 % n'en ont pas entendu parler, quant à ceux qui connaissent cette mesure, ils ne sont que 27 % à vouloir rejoindre une CPTS.

D'ailleurs, la « supervision » des CPTS par les agences régionales de santé est rejetée à 93 % – le projet de loi santé prévoit en fait que les médecins porteurs d'un projet de communauté le fassent valider par leur ARS. Seulement un quart des médecins sont favorables à la création d'une rémunération forfaitaire versée à la structure pour rémunérer les professionnels de santé libéraux, et 93 % ne souhaitent pas qu'une partie de la rémunération du médecin soit conditionnée à l'adhésion à une CPTS. La même proportion pense que cette adhésion doit relever du libre choix du médecin.

D'autres mesures de la loi de santé, comme l'introduction d'une part de rémunération forfaitaire, le financement à l'épisode de soins ou la rémunération à la qualité, ne sont pas non plus approuvées. 60 % des sondés estiment par exemple qu'une rémunération collective sur un épisode de soins est « une mauvaise chose ». Globalement, ils estiment à 92 % que la réforme induit « un glissement vers le salariat et une nouvelle étape dans l'étatisation de la santé ».

La convention, cette inconnue

Les mesures relatives à la convention ne sont pas mieux perçues. Un quart des médecins n'en connaît pas le contenu et 60 % ont un jugement défavorable de cette convention. 51 % estiment avoir été touchés par les modifications de la rémunération sur objectifs (ROSP) l'an dernier, et ne souhaite donc pas son extension. À la place, ils sont neuf médecins sur dix à demander une hausse de la valeur des actes.

Enfin, les médecins sondés par le SML s'accrochent à la liberté d'installation, régulièrement remise en question : ils sont 65 % à rejeter les mesures de limitation de l'installation en zones surmédicalisées. En revanche, ils sont 48 % à être favorable à une limitation à trois ans de la durée de l'exercice en tant que remplaçant.

* Consultation en ligne réalisée du 31 janvier au 22 février sur la base de 38 questions, auxquelles ont répondu près de 1 800 médecins libéraux

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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