Infections liées aux soins : des lacunes graves dans la prévention, l'hygiène ou les prescriptions d'antibiotiques

Infections liées aux soins : des lacunes graves dans la prévention, l'hygiène ou les prescriptions d'antibiotiques

Marie Foult
| 06.02.2019
  • cour des comptes

En parallèle des pistes pour désengorger les services d'urgences, la Cour des comptes formule plusieurs recommandations pour améliorer la prévention des infections liées aux soins dans son rapport public annuel 2019. Un enjeu à plusieurs milliards d'euros, rappelle aussi la Cour. 

Les magistrats de la rue Cambon appuient leurs préconisations sur plusieurs constats. Premier regret : la distinction entre infections évitables et non évitables est « malaisée » et ne fait pas l’objet d’études en France, pointe la Cour – les données ponctuelles de l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) mettent en avant un taux de 15 à 24 % d'infections consécutives à des fautes, et donc évitables.

Un patient sur 20 infecté dans les hôpitaux

Surtout, la prévalence de patients hospitalisés infectés ne s'est pas améliorée depuis 2006 et reste proche de 5 % – un patient hospitalisé sur vingt, soit 470 000 infections et 4 000 décès par an. Les quatre infections liées aux soins les plus fréquentes sont les infections urinaires, celles liées à des opérations chirurgicales, les pneumonies et les bactériémies, avec des disparités selon les régions (de 3,23 % en Corse à 6,15 % en Île-de-France) et le type de séjour.

La Cour pointe deux difficultés : une prévention « cloisonnée », à l'heure où le défi concerne l'ensemble du parcours de soins du patient (établissements, soins de ville, médico-social) et une consommation « excessive » d'antibiotiques, qui accroît l'antibiorésistance. Le volume total d'antibiotiques prescrits en dose journalière définie est de 30,3 pour 1 000 habitants, ce qui fait de la France le troisième pays le plus consommateur en Europe derrière la Grèce et Chypre. La consommation par habitant et par jour en ville a d'ailleurs progressé de 3 % entre 2005 et 2015.

La ville, terra incognita

Pour améliorer la situation, il convient de réorganiser l'action publique, préconise la Cour, que ce soit à l'hôpital, où des progrès sont possibles dans la surveillance des infections, ou en ville et dans les établissements médico-sociaux (dont les EHPAD). « Sur ces deux derniers secteurs, nous sommes en terra incognita alors que des actes invasifs y sont pratiqués », juge même le conseiller Denis Morin, président de la 6e chambre de la Cour.

Les sages recommandent de réaliser une enquête nationale de prévalence des infections dans le secteur des soins de ville « afin de cibler les secteurs à risque et les actions à développer ». Santé publique France serait chargée de coordonner les missions et les moyens d’action des centres d'appui des infections associées aux soins (CPIAS). De leur côté, les agences régionales de santé (ARS) pourraient suspendre les autorisations d'activité des établissements mal classés au titre des indicateurs sur les infections établis par la Haute Autorité de santé (HAS).

Vaccination obligatoire

Les acteurs du système de santé (établissements et professionnels)  doivent enfin être responsabilisés, car ils sont « peu mobilisés » sur le respect des règles d'hygiène, estime la Cour des comptes. De plus, les prescriptions d'antibiotiques en ville « ne sont pas toujours justifiées » et quand elles le sont, le choix de la molécule et de la durée ne le sont pas toujours.

D'où la nécessité de mettre en œuvre « de manière plus directive » des mesures visant à réduire la consommation d’antibiotiques comme le recours au logiciel d’aide à la prescription, la vérification croisée des prescriptions des généralistes par les médecins coordonnateurs des EHPAD ou encore la formation continue obligatoire des médecins. Leur « effectivité » pourrait passer par un indicateur spécifique dans la rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP).

Enfin, la Cour propose de rendre obligatoire la vaccination contre la grippe des professionnels de santé.

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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