La sexualité des jeunes, prisonnière du genre, selon Santé publique France

La sexualité des jeunes, prisonnière du genre, selon Santé publique France

Coline Garré
| 23.10.2018

La sexualité des Français est travaillée par des rapports de genre, révèle le Baromètre santé 2016 de Santé publique France, présenté ce 23 octobre. L'enquête a été réalisée par téléphone entre le 8 janvier et le 1er août 2016, auprès d'un échantillon représentatif de la population de 15 216 personnes de 15 à 75 ans résidant en métropole. 

Entrée en sexualité stable 

L'âge médian d'entrée dans la sexualité est de 17,6 ans pour les filles et de 17 ans pour les garçons, stables depuis une décennie. Les jeunes filles s'initient plus souvent avec un partenaire plus âgé, déjà expérimenté.   

Autre tendance de fond, les jeunes hommes sont plus nombreux (16,5 %) à débuter leur vie sexuelle avant 15 ans (vs 6,9 % des filles), tandis que les filles sont près d'un tiers (33,2 %) à connaître leur premier rapport à 19 ans (vs 23,1 % des hommes). Le préservatif est utilisé dans plus de 85 % des cas. 

« Ces résultats contredisent l'idée qu'avec le porno, les jeunes commencent leur sexualité plus tôt, qu'ils font n'importe quoi, qu'ils ne se protègent pas », commente Nathalie Bajos, sociologue, directrice de recherche à l'INSERM, dénonçant la « panique morale des adultes par rapport à la sexualité des jeunes ». 

L'un des grands changements est en revanche le recours aux sites internet pour rencontrer un partenaire, qui concerne 9 % des femmes et 15 % des hommes en 2016 contre respectivement  3% et 5 % en 2006. 

Des violences davantage déclarées 

Les rapports de genre restent  très marqués. La sexualité féminine continue à être pensée sur le registre de l'affectif, les femmes estimant l'amour ou la tendresse à l'origine de leur premier rapport (chez 1 sur 2 vs 1 sur 4 pour les hommes), tandis que les hommes évoquent le désir sexuel dans près de la moitié des cas (47 % vs 26 % pour les femmes).

La pression sociale à l'hétérosexualité reste forte : si 8 % des femmes et 5 % des hommes rapportent avoir été attirés par une personne de même sexe, seulement 5,6 % des premières et 4 % des seconds sont passés à l'acte. Des résultats néanmoins en légère augmentation par rapport à 2006. 

Les rapports de genre s'expriment aussi à travers la question du consentement. Si 88 % des femmes et 93 % des hommes déclarent avoir souhaité leur premier rapport « à ce moment-là », une femme sur 10 rapporte avoir cédé aux attentes de son partenaire (contre 7 % des hommes). Près de 2 % des femmes disent avoir été forcées (vs 0,3 % des hommes). 

Les femmes ont davantage déclaré de violences sexuelles en 2016 par rapport à 2006, quel que soit le milieu social : 19 % déclarent avoir été confrontées à des tentatives ou à des rapports forcés (soit 2 points de plus qu'il y a 10 ans). La proportion est de 5,4 % chez les hommes, constante. « Les campagnes de sensibilisation ont atteint leur but et ont, avant même le mouvement #metoo, contribué à libérer la parole des femmes », souligne Nathalie Bajos.  

Ces violences s'exercent le plus souvent avant 18 ans. 8 % des 15-17 ans ont déjà été confrontées à des rapports forcés contre 1 % des jeunes hommes. 

Une campagne pour inciter les jeunes à réfléchir sur leur désir 

« L'éducation à la sexualité est un enjeu majeur. Il est essentiel d'intervenir dès le plus jeune pour ne pas laisser les stéréotypes de genre s'installer et parler du respect de soi, de son corps, des autres, et de la diversité des sexualités », explique Nathalie Bajos.  

Santé publique France lance à partir de ce 23 octobre la campagne « OK, pas OK » à destination des jeunes sur la question du consentement, sous forme de podcast de 6 à 8 minutes. En parallèle, le site Onsexeprime.fr qui existe depuis 2009, a été mis à jour, notamment sa rubrique sexe et droits, dans laquelle sont abordés les droits sexuels, la majorité sexuelle, les abus et le consentement. 

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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