« Nous n'avons pas dit que les homéopathes sont des charlatans » : à Lille, des médecins visés par les plaintes se défendent

« Nous n'avons pas dit que les homéopathes sont des charlatans » : à Lille, des médecins visés par les plaintes se défendent

Géraldine Langlois
| 01.10.2018
  • homéopathie

    « Nous n'avons pas dit que les homéopathes sont des charlatans » : à Lille, des médecins visés par les plai...

Neuf médecins du Nord signataires de la tribune publiée dans « le Figaro » le 18 mars contre les médecines alternatives, qui ciblait en particulier l'homéopathie, ont comparu à leur tour le 20 septembre devant le conseil départemental du Nord de l'Ordre. 

Ils sont poursuivis à la suite de la plainte pour non-confraternité déposée contre eux par le Syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF). Il s'agissait de la première étape de la procédure disciplinaire – à savoir la tentative de conciliation. Le Dr François Loez, généraliste à Lomme, commune associée de Lille, explique ainsi avoir reçu « en rentrant de vacances un courrier recommandé du conseil départemental de l'Ordre avec le double de la plainte et la convocation pour la conciliation ».

Mais pour tous les praticiens convoqués, cette étape d'apaisement a abouti à une impasse totale : pour les uns en raison de l'absence de représentant du plaignant, au début de la séance, et pour les autres à cause de l'échec de la conciliation. « Aucune conciliation n'était possible, souligne le Dr Loez. Car le représentant des homéopathes considérait qu'on avait attaqué les homéopathes alors qu'on a attaqué… l'homéopathie. »

« Ce qui me dérange, c'est le remboursement » 

Toute la défense des signataires de la tribune anti-« fake médecines » a reposé sur cette distinction. « Ce qui me dérange n'est pas que des médecins pratiquent l'homéopathie mais qu'elle soit remboursée par la Sécurité sociale », argumente le généraliste visé. Pour lui et ses cosignataires, l'homéopathie ne repose sur aucune preuve d'efficacité. Et n'a rien à faire dans le champ de la solidarité nationale.  

Certains médecins se sont défendus eux-mêmes. D'autres, comme le Dr Jonathan Favre, médecin généraliste à Villeneuve-d'Ascq, ont pris un avocat « pour élargir notre argumentaire au niveau du droit », et non plus seulement de la déontologie ou de la confraternité. Son avocat a plaidé que la loi garantit la liberté d'expression, que les propos reprochés aux médecins signataires relèvent de cette liberté et ne portent pas préjudice à leurs confrères. « On peut s'exprimer sur une thérapeutique, notamment sur des faits qui sont établis », souligne le Dr Favre.

« Nous n'avons pas attaqué nos confrères »

Ce faisant, ajoute le généraliste, « nous n'avons pas attaqué nos confrères mais certaines pratiques basées sur des pseudosciences assimilées à du charlatanisme. Nous n'avons pas dit que les homéopathes sont des charlatans car ils sont d'abord des médecins et beaucoup ont d'ailleurs un exercice mixte. »

Et d'expliquer que cette démarche s'apparente aux critiques formulées à l'encontre des médicaments anti-Alzheimer : cela ne met pas en cause les médecins qui en prescrivent. « Ce n'est pas facile de se remettre en cause sur des prescriptions mais on le fait tous », poursuit-il. 

Selon les médecins signataires, la tribune ne relève donc pas de la non-confraternité. Mais en l'absence de conciliation, la plainte sera transmise à la chambre disciplinaire de première instance régionale. Le conseil départemental du Nord décidera, lors de sa séance plénière du 25 octobre, s'il s'y associe ou pas…

Les no#FakeMed regroupés en association

La convocation des médecins concernés risque de prendre plusieurs mois. Mais selon le Dr Loez, confiant dans l'issue des travaux de la Haute Autorité de santé (HAS), « d'ici là, l'homéopathie ne sera plus remboursée ». De fait, pour la première fois, l'exécutif a ouvert la voie au déremboursement des médicaments homéopathiques, dans un article du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2019. Un décret en Conseil d'État fixera les conditions dans lesquelles ces granules pourraient « être admis ou exclus de la prise en charge par l'assurance-maladie ». 

En attendant, samedi 6 octobre, le collectif No#fakemed à l'origine de la tribune se constituera officiellement en association, à Paris. Objectif : continuer à « défendre une santé, une médecine qui se veut respectueuse des données actualisées de la science et refusant l'ésotérisme et l’obscurantisme qui gagnent du terrain »

 

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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