« Les Créanciers », de Strindberg - L'enfer de l'amour

« Les Créanciers », de StrindbergL'enfer de l'amour

Armelle Héliot
| 14.06.2018
Au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, dans une nouvelle adaptation de la pièce de Strindberg, Adeline d’Hermy, Sébastien Pouderoux et Didier Sandre s’affrontent en un combat sans merci.
  • Théâtre-Les Créanciers

    L'enfer de l'amour

Cela se passe dans un hôtel, au bord de la mer Baltique, mais le décor ne l’indique pas vraiment. Pas plus que l’on n’a d’indication d’époque. On fait d’abord connaissance avec deux hommes.

L’un, Adolf (Sébastien Pouderoux), en robe de chambre, est en train de modeler une petite figurine de femme. En fait il est peintre, mais il se cherche encore. Sa femme, écrivain célèbre, n’est pas là pour le moment. C’est elle qui l’a convaincu de se mettre à la sculpture, on l’apprend au cours de la conversation. Gustaf (Didier Sandre) est plus âgé, dans cette version. Il est professeur de lettres classiques. Il est très élégant et porte des lunettes légèrement fumées. Il va proposer au jeune artiste un dispositif qui lui permettra de comprendre le caractère de Tekla (Adeline d’Hermy), qui surgit, solaire et volubile, un peu plus tard…

C’est une traduction nouvelle d’Alain Zylberstein et une adaptation de Guy Zylberstein qui servent de base à la mise en scène rigoureuse d’Anne Kessler, avec trois interprètes d’une grande puissance. C’est une histoire terrible. Adolf ignore qui est Gustav, qui le manipule avec une cruauté qui n’a d’égale que celle de Tekla elle-même.

Le Suédois August Strindberg (1849-1912) est un écrivain qui a toujours fouillé au plus profond des contradictions du cœur, de l’inconscient des êtres. Il sait tout des pulsions, de l’Eros, des menaces de Thanatos, il parle de « duel de cerveaux » lorsqu’il évoque des couples. Il écrit admirablement bien, avec un sens de la retenue magistral.

Adeline d’Hermy, sensuelle et belle, avec sa voix aux traces acides d’enfance. Sébastien Pouderoux, précis et languide, car Adolf est malade, très touchant. Didier Sandre, magnifique dans la retenue, la subtilité vénéneuse, le machiavélisme du personnage. Un moment très haut de grand théâtre.

 

Studio-Théâtre de la Comédie-Française, jusqu'au 8 juillet. À 18 h 30 du mercredi au dimanche. Durée 1 h 20. Tél. 01.44.58.98.58, www.comedie-francaise.fr

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