Décès du Pr Ogobara Doumbo, spécialiste du paludisme internationalement reconnu

Décès du Pr Ogobara Doumbo, spécialiste du paludisme internationalement reconnu

Coline Garré
| 12.06.2018
  • Pr Ogobara Doumbo

Le Pr Ogobara Doumbo, spécialiste du paludisme, promoteur de la santé publique en Afrique, est décédé ce 9 juin à Marseille, à 62 ans, des suites d'une maladie.

Professeur de parasitologie-mycologie et chercheur à l'Université de Bamako, directeur du Malaria Research & Training Center (MRTC), le Pr Doumbo est co-auteur de plus de 600 publications internationales ; il a été l'investigateur principal de plusieurs essais cliniques sur des médicaments et vaccins contre le paludisme, et a dirigé le groupe de travail de l'Initiative multilatérale sur le Paludisme/programme spécial de recherche et de formation sur les maladies tropicales (MIM/TDR) de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). On lui doit notamment le traitement préventif intermittent au cours de la grossesse (ITP-p) et chez les enfants de moins de 5 ans (SMC, ou ITP-infants). 

Parallèlement à ses efforts pour développer la recherche au Sud, le Pr Doumbo, enfant de la brousse, a œuvré pour un meilleur accès aux soins en Afrique. Comme il l'expliquait l'an dernier devant l'Académie de médecine de France, il a su capitaliser sur les forces de son pays et son expérience en France, aux côtés des médecins de famille de l'arrière-pays marseillais (il a participé à la fondation en 1984 de Santé Sud), pour fonder l'Association des médecins de campagne en 1993 (AMC), qui recense aujourd'hui plus de 250 médecins maliens installés sur (presque) tout le territoire pour subvenir aux besoins des campagnes et des périphéries (soit 4,5 millions d'habitants) et même suivre le VIH, l'HTA, le diabète, l'épilepsie, la drépanocytose… L'OMS a validé en 2008 le modèle, répliqué par Santé Sud à Madagascar, au Bénin et en Guinée.  

La liste des instances où il a siégé est longue : Université du Mali, Institut de Recherche pour le développement (IRD), Centre d'infectiologie Charles Mérieux du Mali et Fondation Mérieux, Tulane School of Public Health (à la Nouvelle-Orléans, États-Unis), Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection, Académie des Sciences du Mali, Académie africaine des sciences, Académie française de médecine (il y a été élu membre étranger en 2008) et American Society of Tropical Medecine… 

Le Pr Doumbo a reçu de nombreuses récompenses : Prix Christophe Mérieux 2007 de l'Institut de France, Prix espagnol du Prince des Asturies en 2008, Prix d'excellence en santé publique du prince Mahidol de Thaïlande en 2011 et Prix international de recherche de l'INSERM en 2013 (qui pour la première fois revenait à un chercheur africain). Il était chevalier de l'Ordre du Mali, officier de l'Ordre du mérite de la France, officier de la Légion d'honneur de France et titulaire des Palmes académiques. 

Pluie d'hommages

« Le Mali perd un de ses fils les plus illustres et le monde de la recherche voit s'éclipser une étoile promise à briller au firmament », a écrit le président malien Ibrahima Boubacar Keïta sur Twitter. Le Pr Doumbo « était connu dans sa lutte acharnée contre le paludisme. Les résultats obtenus au sein du Malaria Research and Training Center (centre de recherche sur le paludisme à Bamako) et des programmes antipaludiques lui ont valu une reconnaissance nationale et une notoriété internationale ». 

Ses collègues de l'IRD Jean Gaudart, Cheikh Sokhna, et Stéphane Ranque saluent son souci de développer l'enseignement et la recherche par les Maliens pour les Maliens et de mettre la recherche d'excellence au service des plus vulnérables. « Avec une vision panafricaniste volontariste, il n'a cessé de soutenir les autres pays d'Afrique dans la lutte contre le paludisme », écrivent-ils, tout en louant ses qualités humaines et sa modestie. « C'est lui qui a renforcé notre prise de conscience de l’importance d’une recherche francophone, non pas arc-boutée sur la défense de la langue, mais d’abord et avant tout porteuse d’approches innovantes dans le concert de la compétition scientifique internationale. (...) C’est lui qui aidait à clarifier nos orientations en matière d’évolution des instances éthiques, déontologiques et d’intégrité scientifique de l’Institut », témoigne Jean-Paul Moatti, président-directeur-général de l'IRD.

La Fondation Mérieux regrette un « exceptionnel conseiller » : « Je rends hommage à la force de son humanisme, à sa grande simplicité et à l'incroyable charisme d'un homme dont la vision et l'action préfigurent l'avenir de la santé sur le continent africain », déclare son président Alain Mérieux. 

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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