Agnès Buzyn charge Touraine et sa réforme « brutale et assez idéologique » du tiers payant

Agnès Buzyn charge Touraine et sa réforme « brutale et assez idéologique » du tiers payant

Elsa Bellanger
| 26.04.2018
  • buzyn france culture

Venue défendre sa politique au micro de France Culture ce matin, le médecin Agnès Buzyn a démontré qu’elle avait acquis les codes inhérents à sa nouvelle activité de ministre de la Santé. Interrogée sur son ressenti après une année avenue de Ségur et sur la violence du monde politique, elle a affirmé s’inscrire dans sa « réalité nouvelle ». « Je viens d’un milieu [l’hôpital, NDLR] qui est aussi assez violent [...]. Le monde politique a ses codes et il faut les connaître. Un des codes, c’est de ne jamais montrer de faiblesses. C’est aussi la joute verbale. Il faut aimer l’art oratoire [...]. Pour la ministre que je suis, c’est très intéressant. C’est un challenge. »

« Extrêmement écoutée » par Macron

Au cours de ce long entretien, la ministre a surtout illustré sa bonne intégration du monde politique en chargeant le bilan de son prédécesseur, Marisol Touraine, ministre inoxydable de 2012 à 2017, peu appréciée de la profession. Souvent considérée comme la caution de gauche du gouvernement Philippe, Agnès Buzyn a pris ses distances avec la politique menée par l'ex-députée socialiste. L’hématologue a ainsi qualifié la réforme du tiers payant d’« assez brutale, assez idéologique et pour laquelle techniquement rien n’était prêt ». « Nous avons été obligés de revenir sur ce tiers payant généralisé alors qu’il y a des personnes qui renoncent aux soins parce qu’ils ne peuvent pas faire l’avance de frais, a-t-elle poursuivi. Nous devons faire en sorte que certaines populations ou certaines activités bénéficient du tiers payant, mais ça ne peut pas être obligatoire pour tout le monde. [...] Nous avons donné un nouveau calendrier de mise en œuvre du tiers payant généralisé qui va permettre aux médecins d’être remboursés à la fois sur la mutuelle et sur la part assurance-maladie. Ce sera opérationnel fin 2019. Nous allons mettre en œuvre cette réforme sur un mode volontariste mais volontaire. »

La locataire de Ségur a par ailleurs affirmé être « extrêmement écoutée aujourd’hui par le président de la République », dont elle définit la politique d’« à la fois de liberté et de protection ». N’assumant pas, sans le renier complètement, le terme de « caution de gauche » du gouvernement, elle a déclaré : « Mon ministère, par essence, c’est le ministère de la protection, c’est le ministère de l’humain. Je m’occupe des solidarités, de la santé. Ça ne peut pas être autrement. » C’est sous cet angle qu’elle a exposé son action. « Toutes les réformes que nous menons aujourd’hui dans le champ de la santé, dans le champ de la pauvreté, puisque nous sommes en train de travailler sur une stratégie de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes, ce sont des politiques qui visent à mieux accompagner les personnes qui, à un moment donné de leur vie, vont avoir une difficulté et l’État est là pour leur mettre le pied à l’étrier », a-t-elle expliqué.

Pas une ayatollah sur l'alcool

Sans faire d’annonces, la ministre s’est voulue pédagogue et a rappelé les grands axes de sa stratégie de transformation du système de santé, mais aussi la révision attendue de la tarification à l'activité (T2A). Sur l’alcool, elle a réaffirmé sa position, se défendant d’être « une ayatollah ». « J’ai une conception très claire de ce que doit être la santé publique : c’est donner à tout le monde des messages compréhensibles, une information transparente qui permettent à chacun de faire les choix qu’il souhaite pour sa santé. » Comme sur le cannabis et la mise en place de contraventions pour les consommateurs en lieu et place des poursuites judiciaires actuelles, la ministre mise sur la prévention. Cela « permettra une prise de conscience que c’est une consommation qui est illicite et dangereuse pour la santé », a-t-elle estimé. 

Autre sujet évoqué, la psychiatrie bénéficiera de « moyens tous azimuts ». Constatant que « la psychiatrie et les besoins en santé mentale n’ont pas été anticipés avec une discipline qui s’est écartée progressivement de la médecine », Agnès Buzyn a dit souhaiter « réinscrire la psychiatrie comme une priorité nationale » avec à la clé des moyens et des postes supplémentaires, mais aussi une « meilleure organisation territoriale ».

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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