Une inquiétante mutation du VIH, des anticorps à large spectre… Ce qu'il fallait retenir de la CROI 2018

Une inquiétante mutation du VIH, des anticorps à large spectre… Ce qu'il fallait retenir de la CROI 2018

Damien Coulomb
| 07.03.2018
  • VIH

    Une inquiétante mutation du VIH, des anticorps à large spectre… Ce qu'il fallait retenir de la CROI 2018

Pour la première fois, des chercheurs français ont mis en évidence la mutation permettant à certaines souches mutées du VIH de résister aux inhibiteurs d'intégrase. L’intégration du génome du VIH dans les chromosomes de la cellule hôte est normalement une étape indispensable à sa réplication. Olivier Delelis (ENS Paris-Saclay, CNRS UMR8113) et Isabelle Malet (Sorbonne Université/UPMC, Inserm UMR1136) ont bousculé ce dogme à l'occasion d'une présentation faite au cours de la conférence annuelle sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI), du 4 au 7 mars à Boston.

Ils ont montré qu'un virus résistant au dolutégravir gardait la capacité de se répliquer en présence d’inhibiteur d’intégrase sans que son ADN ne soit intégré à celui de la cellule hôte. Les auteurs ont également observé la présence d’une forte accumulation d’ADN viral circulaire. C’est à partir de cet ADN viral circularisé que le VIH muté peut se répliquer sans être obligé de passer par l’étape d’intégration. Ce virus, isolé chez patients, est aussi résistant au raltégravir et à l’elvitégravir, deux autres anti-intégrases.

La lutte contre la réplication résiduelle

Parmi les autres résultats présentés, ceux des chercheurs danois et australiens démontrent qu'une intensification du traitement par le dolutégravir bloque totalement la réplication résiduelle du virus chez les patients ayant une charge virale indetectable. Cela fait quelque temps que la communauté scientifique envisage la piste de l'intensification de l'usage des inhibiteurs d'intégrases pour parvenir à ce résultat, mais deux études avec le raltégravir avait échoué.

Selon les données de 40 patients, dont la charge virale était indétectable depuis au moins 3 ans, présentées par le Pr Thomas Rasmussen (hôpital universitaire d'Aarhus, Danemark), il n'y a plus de signe de réplication résiduelle au bout de 56 jours d'une trithérapie classique à laquelle ils ont ajouté 50 mg de dolutégravir.

L'existence même de réplication résiduelle chez les patients sous trithérapie reste toutefois discutée. Au cours de ce même congrès, les universitaires de Pittsburgh et de San Francisco ont montré l'absence de réplication chez 5 patients sous traitement depuis 5 à 13 ans. Ils ont étudié les populations virales présentes dans les cellules hôtes du sang et des ganglions lymphatiques. S'il y avait eu des réplications, il y aurait dû avoir une dérive génétique qui n'a pas été observée.

Nouveaux résultats des bNAbs

Au chapitre des nouveaux traitements, le Dr Dan Barouch du centre médical Beth Israël Deaconess, a présenté les derniers résultats de l'association d'anticorps neutralisants à large spectre PGT121 et d'agoniste du récepteur TLR7, expérimentés chez 44 macaques rhésus dont l'infection par le VIH est contrôlée par un traitement antirétroviral.

Les macaques ont conservé des niveaux sériques élevés d'anticorps neutralisant pendant les 10 semaines qui ont suivi l'injection. Au bout de 18 semaines, les chercheurs ont stoppé le traitement antirétroviral. Si un rebond immédiat de la virémie a été observé chez un peu plus de la moitié des singes (55 %), il a fallu attendre 140 jours en moyenne avant que la présence du virus redevienne détectable chez les autres animaux.

Mieux dépister la tuberculose

La question des coïnfections VIH-Tuberculose a été aussi abordée lors de cette CROI. Le Dr Ankur Gupta-Wright de l'école d'hygiène et de médecine tropicale de Londres a communiqué sur l'intérêt d'un dépistage urinaire de la tuberculose. Ils ont réparti 2 600 patients en 2 groupes, dont un bénéficiant d'un suivi classique (dépistage dans les expectorations) et l'autre bénéficiait d'un suivi renforcé par dépistage du mycobacterium dans les urines. Selon la chercheuse, la détection dans les urines permet de diagnostiquer des cas qui auraient pu échapper au dépistage classique et surtout, les cas d'infection les plus susceptibles de causer le décès du patient, et donc à traiter agressivement en priorité.

Le dépistage urinaire améliore significativement la survie dans plusieurs populations clés : les patents anémiés, présentant des symptômes évocateurs d'une tuberculose ou ayant un décompte de CD4 inférieur à 100 cellules/µL.

Coïnfections VIH-Tuberculose

L'étude ANRS STATIS démontre l'intérêt de deux 2 stratégies de prévention : l'intensification du dépistage de la tuberculose chez les patients séropositifs et la mise d'emblée sous traitement antituberculeux de tous les patients séropositifs. Leur travail a porté sur 1 047 patients adultes au Cambodge, en Côte d'Ivoire et en Ouganda. Les taux de succès du dépistage et de la mise sous traitement systématique se sont révélés être supérieurs à celui rapporté précédemment dans la littérature.

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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