Éléments en faveur d'une maladie de Lyme chronique, d'après des travaux chez le singe

Éléments en faveur d'une maladie de Lyme chronique, d'après des travaux chez le singe

Dr Irène Drogou
| 15.12.2017
  • lyme

Alors qu'en France un protocole de diagnostic et de soins est en cours de rédaction à la Haute Autorité de santé (HAS), les controverses autour de la maladie de Lyme ont toujours cours. C'est ainsi qu'une équipe de l'université Tulane relance l'idée d'une maladie de Lyme chronique, chez le singe, dans deux publications, l'une dans « PLoS One », l'autre dans « The American journal of Pathology ».

Ces travaux réalisés avec le soutien des Instituts nationaux de la santé américains (NIH) et de la fondation « pro-Lyme », la Bay Area Lyme, montrent chez des singes macaques Rhésus que la bactérie Borrelia burgdorferi persiste dans plusieurs organes plusieurs mois après inoculation, y compris après antibiothérapie par doxycycline pendant 28 jours administrée 4 mois post-inoculation.

Plusieurs outils pour traquer B. burgdorferi

Pour leurs travaux dans ce modèle de maladie de Lyme, les chercheurs ont inoculé la bactérie par morsure de tique et surveillé les animaux sur une période d'environ 1,2 an.

Pour rechercher la persistance du spirochète dans l'organisme, l'équipe dirigée par Monica Embers a utilisé plusieurs méthodes : détection moléculaire, immunomarquage avec anticorps monoclonaux et polyclonaux, culture in vivo mais aussi xénodiagnostic. Cette dernière méthode consiste à faire piquer l'animal par une tique non infectée, et à rechercher la présence de la bactérie au sein de l'acarien vecteur.

Les chercheurs arrivent à plusieurs conclusions, la première étant qu'il existe une grande variabilité de la réponse anticorps à 5 antigènes testés, à la fois chez les sujets traités et non traités. Les auteurs insistent sur « l'absence de corrélation entre les réponses sérologiques et une infection active ».

Une petite population bactérienne dormante

De plus, douze à 13 mois après l'inoculation, l'équipe a observé chez quelques singes la présence de spirochètes rares et morphologiquement intacts dans certains organes (cœur, cerveau, nerfs périphériques), même en cas de sérologie négative et y compris après traitement antibiotique. Des cultures de cellules cardiaques ont montré la persistance de spirochètes métaboliquement actifs dans le cœur. Un singe non traité, avec un test xénodiagnostique négatif, s'est révélé porteur de spirochète au niveau de la vessie.

Par rapport à des contrôles non infectés, les singes infectés présentaient une inflammation intra- et péricardiaque, dans les muscles squelettiques, les articulations, les méninges et les nerfs périphériques. « La doxycycline a pu réduire les spirochètes à une petite population dormante mais sans débarrasser les primates de B. burgdorferi viable », est-il écrit dans « PLoS One ».

Absence de preuves chez l'homme

La persistance rare et faible de la bactérie existe-t-elle chez l'homme et entraîne-t-elle un état inflammatoire chronique ? Si oui, le phénomène est-il en cause dans les symptômes non spécifiques allégués à une maladie de Lyme chronique ? Ce n'est pas encore prouvé chez l'homme, mais c'est l'hypothèse de Monica Embers : « Nous avons été capables d'observer l'existence d'une maladie microscopique et un faible nombre de bactéries, qui seraient difficiles à observer chez l'homme mais qui pourraient être la cause de symptômes variables et non spécifiques. » L'infectiologue américaine ajoute « qu'un traitement de 28 jours pourrait être insuffisant », apportant du grain à moudre en faveur d'un traitement antibiotique prolongé défendu par les « Lyme doctors ».

Ces éléments récents chez l'animal pourraient alimenter un débat bien connu pour être animé. Début novembre, l'Académie de médecine s'était inscrite en faux contre la « fédération française contre les maladies vectorielles à tiques » et « l’International Lyme and associated diseases society », soulignant l'absence de preuve pour l'hypothèse « d'une crypto-infection servant à justifier le recours à des traitements antibiotiques prolongés ». 

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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