Programme de recherche présenté par le Pr Jérôme Roncalli - Vers des thérapies cellulaires réparatrices, voire régénératrices…

Programme de recherche présenté par le Pr Jérôme RoncalliVers des thérapies cellulaires réparatrices, voire régénératrices…

Dr Sophie Parienté
| 02.06.2016
Après un infarctus, des thérapies cellulaires pourraient-elles réparer le myocarde, améliorer la fonction cardiaque et compléter l’arsenal thérapeutique actuel ? C’est l’espoir que suscite MESAMI, le programme de développement d’un médicament de thérapie innovante à base de cellules souches mésenchymateuses auquel participe l’EFS, l’Inserm, le CIC biothérapie de Toulouse et plusieurs CHU. Explications du Pr Jérôme Roncalli, cardiologue au CHU de Toulouse et investigateur-coordonnateur de la phase I pilote publiée en 2016 (1).
  • Thérapies cellulaires

    Vers des thérapies cellulaires réparatrices, voire régénératrices…

MESAMI, ou MESenchymal And Myocardial Ischemia, évalue l’intérêt d’un MTI à base de cellules souches mésenchymateuses (CSM) autologue dans l’ischémie myocardique avec dysfonction ventriculaire gauche. La phase pilote MESAMI 1 a été menée sur deux centres : les CHU de Toulouse et de Nantes. Dix patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique d’origine ischémique avec fraction d’éjection < 35 % et en impasse thérapeutique ont été inclus.

L’objectif principal était de s’assurer de la faisabilité de la technique et de la bonne tolérance de ce MTI. Le critère de faisabilité est atteint. En pratique, des cellules mésenchymateuses prélevées par ponction de moelle osseuse au niveau de la crête iliaque postérieure de chaque patient sont adressées à un établissement français du sang (récemment habilité à produire des MTI), sélectionnées et mises en culture 17 jours pour fabriquer un MTI. Une injection de ce MTI est ensuite pratiquée au niveau de zones myocardiques ischémiées ou viables en zones d’infarctus ou en péri-infarctus. « Après abord fémoral et cathétérisme artériel rétrograde, le MTI est injecté par voie intraventriculaire en intramyocardique au niveau de zones cibles thérapeutiques pertinentes. Ces zones cibles d’intérêt sont repérées par le système de cartographie électromécanique NOGA : un cathéter analyse la contractilité et l’activité électrique myocardique puis un logiciel reconstruit en 3D le ventricule gauche cartographiant 3 types de zones (saines, séquellaires et intermédiaires ou viables). L’idée est d’essayer de récupérer l’activité contractile de zones cibles viables (myocarde non contractile où persiste une activité électrique) en y injectant des cellules souches », explique le Pr Roncalli. Le critère de tolérance est lui aussi satisfait. La tolérance évaluée à 1 mois n’a pas montré d’événement cardiaque majeur.

L’objectif secondaire était d’analyser les paramètres cardiaques morphologiques et fonctionnels. L’étude montre après administration du MTI : une amélioration de la fraction d’éjection à 3 mois (presque de 7 %) maintenue à 12 mois, une diminution de l’ischémie myocardique à la scintigraphie du 3e mois, une amélioration significative des symptômes de dyspnée (classification NYHA), une amélioration significative de la capacité à l’exercice (test de marche des 6 minutes) et une tendance non significative à l’amélioration du pic de VO2.

« Ces paramètres laissent présager un intérêt de ce MTI dans la prise en charge des cardiopathies ischémiques en complément des traitements actuels. Une phase II randomisée multicentrique française (Toulouse, Créteil, La Pitié, Lille, Grenoble, Nantes) débute en double aveugle versus placebo. Financée par un PHRC, elle prévoit d’inclure 90 patients (cardiopathie ischémique avec ischémie ou viabilité en zone d’infarctus ou péri-infarctus, fraction d’éjection < 45 %, pic de VO2 < à 20 ml/mn) ». Une réévaluation à mi-étude après analyse intermédiaire pourrait déboucher sur une extension plus rapide vers une phase III européenne, supportée par le consortium C4C soutenu par la Banque publique d’investissement, (BPI France, ex OSEO) afin de mettre cette nouvelle thérapeutique à disposition pour ces patients.

D’après un entretien avec le Pr Roncalli, Coordonateur – Investigateur principal de l’étude MESAMI1

(1) Guijarro D et al. Int J Cardiol 2016(209):258-65 

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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