Le point sur la prévalence du déficit en vitamine D et ses conséquences potentielles

Le point sur la prévalence du déficit en vitamine D et ses conséquences potentielles

01.03.2016

La vitamine D provient majoritairement de la photosynthèse cutanée, sous l’effet des ultraviolets B. L’apport alimentaire intervient de façon mineure : poissons gras sauvages, champignon shiitake et jaune d’œuf, éventuellement aliments (laitages, huiles…) enrichis artificiellement en vitamine D. Sous nos latitudes, même s’il existe une hétérogénéité nord-sud, les UVB produits en hiver ne suffisent pas à assurer cette synthèse. La vitamine D existe sous 5 formes différentes, numérotées de 1 à 5, dont les plus connues sont les vitamines D2 et D3.

  • Le point sur la prévalence du déficit en vitamine D et ses conséquences potentielles-1

80 % des Français ont un déficit modéré.

Ainsi, une part importante de la population est carencée en vitamine D. En France, selon les données de l’étude ENNS (Étude nationale nutrition santé) réalisée en 2006-2007 sur un échantillon de 1 600 adultes, les déficits sévères [25(OH)D < 10 ng/mL] sont peu fréquents et concernent des populations vulnérables, de faible niveau socio-économique et ayant une exposition solaire réduite. En revanche, les insuffisances en vitamine D [25(OH)D < 30 ng/mL] et les déficits modérés [25(OH)D < 20 ng/mL] sont très fréquents, touchant respectivement 80 % et 42,5 % de la population étudiée (1).
Il existe en outre une tendance séculaire à la baisse des taux de vitamine D, comme cela a été rapporté par les études NHANES (National Health and Nutrition Examination Survey) (2) aux États-Unis, probablement à mettre au compte de l’évolution du mode de vie : moins d’activités en extérieur, tabagisme, obésité (la vitamine D, liposoluble, est stockée dans les adipocytes). Le statut vitaminique D varie aussi en fonction de la couleur de la peau, de l’âge et du lieu de résidence.
 

De nombreux effets délétères potentiels.

Il importe de préciser que le seuil de normalité de 30 ng/mL a été défini dans le cadre du métabolisme osseux (obtention de l’équilibre phosphocalcique optimal) et non pas dans celui des autres effets de la vitamine D, pour lesquels les seuils restent imprécis.

Le déficit en vitamine D pourrait avoir de nombreuses conséquences sur différents organes ou systèmes puisque la vitamine D régule environ 3 % du génome. À côté de son rôle bien connu dans le métabolisme phosphocalcique, la vitamine D a de nombreux effets extra-osseux.

Au niveau osseux, en dehors du rachitisme et de l’ostéomalacie, le déficit en vitamine D entraîne une perte de minéralisation osseuse, pouvant conduire à l’ostéopénie et à l’ostéoporose.

Chez le sujet âgé, le déficit aurait un impact sur le statut musculaire et le risque de chutes, avec des études aux résultats contradictoires, traduisant sans doute l’influence du mode d’administration. Notamment, la prise d’une dose élevée unique favoriserait le risque de chutes (3).

Le rôle de la vitamine D dans la régulation de l’immunité a récemment été très étudié. Toutes les cellules immunitaires possèdent le récepteur de la vitamine D et de nombreuses cellules peuvent elles-mêmes activer la vitamine D pour l’utiliser de façon autocrine. Au niveau des lignées de monocytes et de macrophages, la vitamine D entraîne une augmentation de différents facteurs, notamment de peptides bactéricides, comme cela a été bien montré dans le cadre de l’infection par le bacille de Koch. L’impact de la vitamine D sur l’immunité est toutefois très complexe car ses effets sur le système immunitaire sont, d’une part, une stimulation de l’immunité innée (exemple de la production de peptides bactéricides intracellulaires) et, d’autre part, une régulation négative de l’immunité adaptative, avec une baisse de la production d’anticorps et une action anti-inflammatoire.

De nombreuses études d’associations suggèrent une augmentation du risque d’infections, mais aussi de nombreuses autres affections, allant des troubles neurocognitifs à certains cancers et, chez des patients atteints de maladies chroniques, à une surmortalité cardio-vasculaire ou de toutes causes confondues.

La littérature est riche de nombreuses données qui ne permettent toutefois pas, aujourd’hui, de démontrer de façon certaine le rôle délétère du déficit en vitamine D dans ces différentes situations. En pratique, les conséquences du déficit en vitamine D pourraient être surtout significatives chez les sujets fragilisés par une pathologie sous-jacente chronique.

Compte tenu de la fréquence des déficits, il n’est pas utile de faire un dosage de la vitamine D dans les populations à risque, en dehors des pathologies ostéopéniantes où une valeur cible doit être atteinte.

Dans les autres cas, il est raisonnable de supplémenter sans dosage préalable et sans risque de surdosage, en sachant que les besoins vont de 600-800 UI/jour chez l’adulte jeune à 800-2 000 UI/jour chez le sujet âgé.


Docteur Isabelle Hoppenot 
D’après un entretien avec le Pr Jean-Paul Viard, Hôtel-Dieu, Paris


(1)   Vernay M et al. Statut en vitamine D de la population adulte en France : l’Étude nationale nutrition santé (ENNS, 2006-2007). BEH 2012 ; 16-17 : 189-94.
(2)   Looker AC et al. Vitamin D status : United States, 2001-2006. NCHS Data Brief 2011 ; 59 : 1-8.
(3)   Sanders KM et al. Annual high-dose oral vitamin D and falls and fractures in older women : a randomized controlled trial. JAMA 2010 ; 303 : 1815-22.

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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