Interview décalée - Dr Xavier Gouyou Beauchamps : « J'ai vu le chirurgien sortir son matériel : un bloc moteur Peugeot… »

Interview décaléeDr Xavier Gouyou Beauchamps : « J'ai vu le chirurgien sortir son matériel : un bloc moteur Peugeot… »

29.12.2015
Les vidéos parodiques du Dr Gouyou Beauchamps* ont souvent fait le tour du petit monde médical. Ses cibles privilégiées : Marisol Touraine, la loi de santé, les mutuelles… Le chirurgien orthopédiste de Bergerac développe ses arguments avec précision… et souvent avec humour. Il le prouve une nouvelle fois dans cette interview en détournant « 2001, l’Odyssée de l’espace », le film de Stanley Kubrick. 
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« LE QUOTIDIEN » - Quelle est la première chose que vous faites en arrivant à l'hôpital ?
Dr XAVIER GOUYOU BEAUCHAMPS - Je vérifie que l'Agence Régionale de Santé (ARS) n'a pas profité de la nuit pour transformer ma clinique en maison de retraite.

La question qu'on vous pose le plus souvent en tant que médecin ?
« Est-ce que c'est bien vous qui allez m'opérer ? » En réalité, en clinique, il n'y a pas d'alternative : le praticien que vous avez vu en consultation est celui qui va vous opérer, c'est aussi celui que vous reverrez en postopératoire pour le meilleur… et pour le pire ! Si vous n'avez pas confiance a priori, vous ne venez pas le voir. Les gens qui choisissent de se faire opérer en libéral sont très sensibles à ce rapport direct mais ont besoin de se le faire confirmer. Ils n'ont pas compris, pas encore, que la loi de santé qui vient d'être votée va faire disparaître à terme ce choix.

Le patient le plus insolite que vous ayez rencontré ?
C'était un très vieux monsieur qui avait survécu à des épreuves si terribles qu'il se pensait invulnérable, presque immortel. Il avait besoin d'être opéré mais il était vraiment très très vieux, ce qui augmente les risques opératoires. Quand on explique ça aux patients, le plus souvent ils nous répondent : « J'ai bien compris, il y a des risques, mais je ne peux pas rester comme ça ! »
Là, c'était différent : il considérait que le risque ne le concernait pas. « J’ai bien compris les risques pour les autres. Mais moi, j'ai survécu à tellement de choses...»
En chirurgie, comme pour le reste de la médecine, la confiance est déjà la moitié du résultat. Il avait donc partiellement raison et tout s'est bien passé. Pendant quelques années. Car malheureusement, il avait aussi partiellement tort, il n'était pas immortel.

La pire chose que vous ayez entendue de la part d'un patient ?
C'est un patient qui avait vu sur Internet qu'il avait besoin d’être opéré. Il avait dû consulter une sorte de PremierAvis.fr, et il venait me demander une date opératoire. Je lui ai dit : « A mon avis, vous n'avez pas besoin d'être opéré.»
Il m'a répondu : « Je ne suis pas venu pour que vous me donniez votre avis mais pour fixer ma date opératoire ! »
Je ne sais pas ce qu'il est devenu. Peut-être a-t-il déniché le site JeMopèreMoiMême.fr.

Si vous deviez résumer la loi de santé en un mot ?

Il m'en faut deux : Ignorance et Mépris. Ignorance des réalités, mépris des soignants.

Source : Xavier Gouyou Beauchamps
Zoom

À titre personnel, en tant que chirurgien travaillant dans une zone de désertification médicale, cette loi ne m'inquiète pas : beaucoup plus près de la fin de ma carrière que du début, il sera aussi difficile de m'imposer quelque chose que je ne veux pas faire que de m'empêcher de faire quelque chose que je veux faire.
C'est pour les patients (dont je fais partie), que je m'inquiète : 25 ans d'énarchie triomphante ont laissé le Bergeracois en voie de désertification médicale et chirurgicale. La loi va achever le travail. Si elle était vraiment prévue pour faire reverdir le désert médical, on n'aurait pas mis autant de Roundup dedans !
L'encre de la signature de cette loi n'est pas sèche que l'entreprise de démolition ARS est déjà à l'œuvre.
 

La raison pour laquelle vous êtes médecin ?

L'outil du chirurgien orthopédiste...
Zoom
C'est à cause de mon premier stage d'externe quand j'ai vu le chirurgien sortir son matériel pour traiter une fracture : il utilisait un bloc moteur Peugeot... J'avais le même à la maison ! À l'époque, celle d'avant le principe de précaution, un moteur du commerce branché sur le 220 V et stérilisé au formol ne choquait personne dans un bloc opératoire.

Un  moteur, ça peut faire beaucoup de bien aux patients, mais aussi beaucoup de dégâts. Avant de s'occuper de la santé libérale, les rédacteurs de la loi de santé ont eux aussi été fascinés par un autre moteur, une moulinette.

Et si vous deviez changer de métier ?
Mais je n'ai pas envie de changer de métier, voici d'ailleurs une vidéo où j'incite les jeunes à le choisir !

 


2015 Odyssée de l'orthopédie par ucdf

(*) Le Dr Gouyou Beauchamps est secrétaire général de l'Union des chirurgiens de France (UCDF), syndicat fédérant toutes les spécialités chirurgicales.

 

Propos recueillis par Stéphane Long
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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