Suicides en Guyane : des parlementaires dénoncent un « drame stupéfiant »

Suicides en Guyane : des parlementaires dénoncent un « drame stupéfiant »

Coline Garré
| 17.12.2015

La sénatrice de Seine-Saint-Denis Aline Archimbaud (Europe Ecologie Les Verts) et la députée socialiste d’Ille-et-Vilaine Marie-Anne Chapdelaine ont remis à la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin, ce 15 décembre 37 propositions pour lutter contre le suicide des Amérindiens en Guyane française.

« Dans le sud de la Guyane se déroule un drame stupéfiant indigne d’un pays moderne, dans le silence le plus coupable », a dénoncé Aline Archimbaud, à l’issue de cette mission de 6 mois, et d’un séjour de 10 jours sur place.

Il n’existe pas de statistiques ethniques du nombre de suicides. Il y en aurait eu 44 depuis 2 000 sur le Haut Maroni, ou encore 2 suicides par an entre 2009 et 2013, pour 1 200 habitants, selon l’association Action pour le développement, l’Education et la Recherche (ADER). L’ARS constate entre 2010 et 2012 11 suicides aboutis, concernant exclusivement des Amérindiens. Le taux de suicide chez les jeunes est entre 10 et 20 fois plus élevé que celui relevé dans l’Hexagone.

Les causes sont multifactorielles : isolement géographique, désœuvrement des jeunes, troubles identitaires, incompréhensions générationnelles... Les parlementaires pointent aussi des causes de santé publique, comme la prévalence des maladies psychiatriques mal connues ou l’alcoolisation, avec de l’alcool industriel (titrant 40°), consommé comme le traditionnel cachiri (1°). « Seulement 32 % des enfants ont accès à une cantine scolaire. Dans certaines régions, il n’y en a aucune. Des enfants partent le matin à l’école sans rien dans le ventre, et n’ont même pas de collation à midi », alerte encore Aline Archimbaud.

Urgence sanitaire

La couverture sanitaire est lacunaire, en particulier dans les territoires de l’intérieur, où existent seulement des centres délocalisés de prévention et de soins (CDPS). La médecine en charge du centre médico-psychologique (CMP) de Cayenne se rend une semaine dans le Haut Oyapock. « Elle consulte un jour à Camopi puis un jour à Trois Sauts. Le reste du temps est consacré au transport en pirogue », constate Aline Archimbaud. « C’est très dur d’être médecin là-bas. Il faut un vrai engagement, être militant dans l’humanisme », poursuit la sénatrice, qui a constaté un grand turn-over des professionnels venus de l’Hexagone, de Martinique ou de Guadeloupe, parfois de Belgique. « L’ARS fait des contrats d’un an car elle a peur que les médecins partent », dit-elle.

L’offre de soins psychiatriques est confrontée à d’immenses difficultés. Concentrée sur le littoral, elle est en outre culturellement et ethnologiquement peu adaptée aux communautés amérindiennes. La présence de l’État fait défaut. Un programme de soutien communautaire a été confié en 2005 à la Croix-Rouge, pour 1,5 million d’euros. « Il n’a jamais vu le jour ! », s’offusque Aline Archimbaud. Un plan préfectoral de lutte contre le suicide a été élaboré en janvier 2011 après deux suicides à Camopi (d’un collégien de 15 ans et d’un homme de 30 ans, interpellé pour violences conjugales), qui devait comprendre une cellule d’appui psychologique. « Aucun poste ne fut créé », lit-on dans le rapport.

Avec les Amérindiens

Les parlementaires ont désigné 16 actions prioritaires dont la première consiste à renforcer le dispositif de prise en charge psychiatrique des personnes en crise en suicidaire, avec des interventions de la cellule d’urgence médicopsychologique dans un délai inférieur à 24 heures, la mise en place d’antennes pérennes des CMP de Cayenne et de Saint-Laurent respectivement à Camopi et à Maripasoula, et d’un observatoire régional du suicide.

Les parlementaires proposent aussi d’élaborer un programme de santé communautaire, incluant la santé mentale, un second sur le soutien à la parentalité, et des politiques de lutte contre les addictions. « Il faut agir avec les populations Amérindiennes, qui nous disent : "rien sans nous" », insiste Aline Archimbaud.

Autre proposition : le renforcement de la cellule régionale pour le mieux-être des populations de l’intérieur (CermePi), créée en septembre. « Une seule personne à mi-temps s’en occupe », indique la sénatrice.

Enfin, d’autres propositions portent sur l’école, les infrastructures (eau potable, électricité, réseau téléphonique, logement), et la formation de cadres amérindiens.

La ministre George Pau-Langevin a indiqué la mise en place d’un groupe de travail. Elle doit se rendre en Guyane en février. « Nous sommes obstinées », assure Aline Archimbaud.

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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