Enseigner auprès de stagiaires en médecine générale

Enseigner auprès de stagiaires en médecine générale

18.09.2015

Former un stagiaire offre une opportunité d’ouverture, de transmission de son savoir vers les jeunes médecins et une théorisation de son métier. Enseigner brise la solitude du médecin, mais cela prend également du temps et de l’énergie.

 
  • Enseigner auprès de stagiaires en médecine générale-1

Bonne surprise en entrant en consultation : une charmante jeune fille accompagne le médecin de famille qui demande si sa présence ne dérange pas. Cette jeune interne en médecine générale, en 4e semestre sur les 6 que compte son DES de médecine générale, restera six mois au sein de ce cabinet, en stage ambulatoire de niveau 1. Son stage, obligatoire en ville dans sa spécialité Médecine générale, compte 9 demi-journées par semaine, seul ou en binôme avec un autre maître de stage (1). « Cette formation se décompose en trois parties : deux mois d’observation – une période que je trouve trop longue –, deux mois où l’interne fait la consultation sous le contrôle du médecin, et les deux derniers mois pendant lesquels l’interne peut faire des consultations sans ma présence », explique Gilles Noussenbaum, maître de stage de Coralie Daniel. La présence du médecin enseignant est requise dans le cabinet ou dans le centre de santé, en même temps que l’interne. L’organisation des différentes phases du stage dépend également de lui.

 

Des avantages indéniables

Devenir Maître de stage des universités se révèle bénéfique pour un praticien au quotidien. « Prendre un étudiant en stage brise la solitude du “pauvre médecin généraliste en exercice”. Sa présence instaure une convivialité dans la prise de décision et dans le diagnostic. En outre, elle permet de rompre les habitudes et d’inciter à davantage de rigueur et à moins de facilité avec les patients », explique le Dr Noussenbaum. 

Autre avantage : « Transmettre ses connaissances et le savoir-faire de mon métier, avoir le plaisir d’enseigner et d’offrir aux jeunes générations un lieu de formation, percevoir une faible rémunération “directe” et une “indirecte”, avec les honoraires générés par les consultations assurées par ces étudiants en fin de stage (en moyenne 2 consultations par jour pour la durée du stage). » Mais, surtout, l’accueil de jeunes étudiants dans son cabinet permet une remise en cause de sa pratique et une remise à niveau de ses connaissances . La fonction d’enseignant est également valorisante pour l’image du médecin. 

 

Une patientèle parfois réticente

Dans l’immense majorité des cas, les patients acceptent très bien la présence d’étudiants dans le cabinet ou le centre de santé. Encore faut-il ne pas oublier de le signaler (affiche en salle d’attente, message de la secrétaire, etc.) et solliciter leur avis à chaque consultation. « Le médecin doit anticiper les réactions éventuelles, énoncer clairement la présence de l’interne avant la consultation », précise le Dr Noussenbaum. Car l’introduction d’une tierce personne, dans la relation singulière du médecin avec son patient, n’est pas toujours bienvenue. Certains patients refusent la participation du stagiaire à la consultation, d’autres n’osent pas le faire, mais ils se montrent particulièrement réticents à parler de leurs épreuves devant l’interne. « Je sors alors de la salle d’examen pour laisser l’intimité au patient avec son médecin, explique Coralie Daniel. Je peux très bien comprendre qu’une personne qui traverse des moments difficiles n’ait pas envie d’en parler devant moi. »
 

Une organisation différente

L’accueil d’étudiants nécessite une adaptation de l’organisation des consultations, aussi bien en termes d’agendas (consultations plus longues, plages horaires prévues pour la supervision, etc.) que de gestion de l’espace (pièce dédiée à l’interne avec poste informatique en réseau et connexion Internet). En outre, le logiciel du médecin demande un apprentissage pour l’étudiant. À l’inverse, la présence d’un interne permet une meilleure souplesse des consultations, dès que celui-ci est autonome, car il peut effectuer des tâches supplémentaires (consultations ou visites urgentes, communication avec l’hôpital, organisation de soins, etc.). Quant à la charge administrative, elle apparaît modeste, réduite à la signature d’une charte avec le département de médecine générale, de quelques documents à fournir à l’administration, et à la validation de l’étudiant à l’issue de chaque stage.

Le métier de maître de stage prend toutefois du temps et « génère un travail supplémentaire lié à la relecture et à la vérification du travail écrit des internes. Car un médecin doit encadrer l’interne, le stimuler, l’encourager, tout en gardant un œil aiguisé sur son travail. En outre, déléguer n’est pas toujours facile. Les médecins généralistes pensent toujours qu’ils sont indispensables. À cet égard, former un stagiaire constitue une épreuve d’humilité. Je me suis très vite aperçu que les internes pouvaient très bien recevoir les patients seuls en consultation », ajoute Gilles Noussenbaum.

 

Un interne actif au cours de la consultation

L’interne ne prend pas de décision seul. « J’observe, j’examine les patients, je les interroge et je discute avec le médecin du diagnostic, du traitement à donner. Nous prenons ensuite ensemble une décision », explique Coralie Daniel. Car les buts de ce stage sont multiples : appropriation des éléments spécifiques de la démarche en médecine générale, consultations conjointes avec un maître de stage, prise de responsabilités médicales sous supervision, identification des enjeux de la relation médecin-patient, prise de décisions diagnostiques, thérapeutiques et médico-administratives adaptées, réalisation de gestes techniques utiles, coordination de l’intervention éventuelle d’autres acteurs de santé et, enfin, acquisition des compétences nécessaires au remplacement2.

 

Apprendre à écouter les patients

« Ce stage m’apporte beaucoup, explique l’interne et stagiaire Coralie Daniel. Le médecin Noussenbaum favorise une relation de confiance avec ses patients. J’apprends ainsi à les faire parler, à chercher à savoir pourquoi ils viennent en consultation, quels sont leurs problèmes sous-jacents dont ils ne veulent pas parler d’emblée. C’est très formateur et très différent de la formation que j’ai suivie jusqu’à présent. » Un apprentissage qui se révélera bien utile, plus tard, pour ce « peut-être futur » généraliste, lorsqu’il sera installé en libéral.

 

 

(1) DES de médecine générale –Faculté de médecine Paris-Descartes. À consulter sur Internet : http://desmgidf.fr/page/devenir-maitre-de-stage-des-universites-msu

 

(2) Université de Bordeaux, département de médecine générale, stages en médecine générale, organisation et déroulement du semestre de stage en médecine générale 

À consulter sur Internet : http://www.dmg.u-bordeaux2.fr/formation_pratique/stages_mg.html
 

 

 
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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