Le tiers payant généralisé, la mesure de trop pour ce médecin résigné à déplaquer

Le tiers payant généralisé, la mesure de trop pour ce médecin résigné à déplaquer

Stéphane Long
| 12.09.2015
  • Le tiers payant généralisé, la mesure de trop pour ce médecin résigné à déplaquer-1

    Le tiers payant généralisé, la mesure de trop pour ce médecin résigné à déplaquer

La généralisation du tiers payant en 2017 ne passe décidément pas auprès de certains médecins. À tel point que certains envisagent purement et simplement de jeter l’éponge et de fermer leur cabinet. C’est le cas du Dr Christian Boussemart, généraliste phlébologue à Poitiers (secteur II).

Installé en ville depuis 1985, il baissera définitivement le rideau le 30 septembre prochain pour prendre sa retraite. Il a confié au « Quotidien » son amertume. Malgré son âge vénérable (78 ans), le praticien se voyait bien continuer à pratiquer quelques années encore : « Je suis en bonne santé, j’ai une très bonne patientèle, fidèle. Mais l’arrivée du tiers payant généralisé est la mesure de trop. C’est ingérable. Vous recevez un listing de la Sécu, vous ne savez pas qui a payé quoi. C’est pareil avec les mutuelles. Il faut y passer un temps fou. C’est un casse-tête épouvantable. »

Le médecin était d’autant plus motivé à continuer qu’il devra laisser sa patientèle sans successeur, faute d’avoir trouvé un candidat.

30 000 euros de mise en conformité

Le Dr Boussemart avait déjà été échaudé par les obligations d’aménagement des cabinets pour l’accessibilité aux handicapés. « C’est la cerise sur le gâteau, peste le praticien, qui a pourtant refait ses locaux à neuf il y a dix ans. J’avais prévu une rampe d’accès, mais elle est trop raide. Le couloir est très large, mais il manque 1 cm pour être aux normes... Ça me coûterait 30 000 euros au total.»

Les promesses du gouvernement sur la simplicité du tiers payant généralisé ne le rassurent pas plus. « Je n’y crois pas du tout, répond-il. Si on voulait faire simple, il fallait mettre en place une sorte de chèque dédié, comme un ticket repas. »

« Je ne suis pas un chasseur de prime »

Un peu désabusé, le médecin se dit « très pessimiste » sur l’avenir de la médecine libérale, du moins celle qu’il a connue et pratiquée au cours des quarante dernières années.

Très critique à l’égard des gouvernements successifs, il n’a pas adhéré à la ROSP. « Je ne suis pas un chasseur de prime. Le conseil de l’Ordre qui veille à l’éthique de la profession aurait dû l’interdire », explique sans concession le praticien.

« On va vers un système où les médecins seront parqués dans des maisons médicales, regrette le Dr Boussemart. Aujourd’hui, chaque cabinet a sa personnalité. Demain, ce sera moins personnel, moins humain, plus froid. »

Il regrette que les jeunes générations ne prennent pas la relève au sein des cabinets comme le sien. « Les patients n’attendent que ça, explique le futur retraité. Les miens sont déçus de ne pas voir arriver un successeur. Ils se sentent abandonnés. » Quant au Dr Boussemart, il confie que sa plus grande crainte est... de s’ennuyer.

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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