Première greffe bilatérale des mains chez un enfant : une prouesse difficile à reproduire

Première greffe bilatérale des mains chez un enfant : une prouesse difficile à reproduire

29.07.2015
  • Première greffe bilatérale des mains chez un enfant : une prouesse difficile à reproduire-1

L’équipe du Dr Scott Levin, de l’hôpital pour enfant de Philadelphie, a annoncé avoir réussi une première greffe bilatérale de mains sur un enfant. Il a fallu 10 heures d’opération à une équipe de 40 personnes (chirurgiens, infirmiers, assistants...) pour greffer deux nouvelles mains au jeune Zion Harvey, âgé de huit ans, amputé des mains et des pieds à l’âge de deux ans, suite à une infection sévère.

Quatre équipes de chirurgiens ont travaillé simultanément : deux sur les greffons, deux autres sur les moignons du patient. La première étape a consisté à reconnecter les deux extrémités du radius et du cubitus. Les chirurgiens ont ensuite reconnecté les artères et les veines, puis les muscles et enfin les nerfs.

L’opération a eu lieu au début du mois de juin, après un an de préparation nécessaire à l’équipe médicale pour trouver les greffons adéquats.

Selon ses médecins, la rééducation se déroule correctement et le jeune patient serait déjà capable de tenir une part de pizza entre ses nouveaux doigts.

Les 3 défis de la greffe pédiatrique

« Une greffe de main chez un enfant pose trois défis majeurs, commente le Pr Jean-Michel Dubernard, auteur de la première allogreffe de la main à l’hôpital Édouard Herriot de Lyon. Techniquement, c’est plus compliqué que chez l’adulte, à cause de la taille des nerfs et des vaisseaux à reconnecter. Ensuite, il y a le problème psychologique : il faut que le patient puisse s’approprier sa nouvelle main et se faire à l’idée qu’il porte le membre d’un mort. »

Ces deux premiers obstacles peuvent être franchis grâce à une bonne équipe chirurgicale et une prise en charge médico-psychologique. Le troisième problème évoqué par le Pr Dubernard est cependant plus difficile à surmonter : le défi immunologique, surtout vis-à-vis de la moelle, présent dans les os du greffon. « Il est difficile d’accepter de mettre un enfant sous immunosuppression à vie, car il n’est pas en mesure de comprendre ce que cela signifie, et les risques d’effets secondaires sont d’autant plus grands qu’il s’agit de patients ayant une longue espérance de vie », poursuit le Pr Dubernard.

Un cas clinique très rare

Dans le cas de Zion Harvey, la question de la mise sous immunosuppresseurs ne s’est pas posée, puisque l’enfant était déjà traité depuis l’âge de 4 ans, suite à la greffe d’un rein donné par sa mère. Pour le Pr Dubernard, « c’est sans doute la raison pour laquelle Scott Levin a tenté l’opération. Il ne l’aurait pas fait sur un enfant qui n’était pas déjà sous immunosuppresseurs, et moi non plus d’ailleurs. » En dehors de ce cas de figure clinique très rare, il y a donc peu de chances que d’autres greffes de mains aient lieu. « Il faut améliorer l’immunosuppression, surtout celle à destination des enfants » estime le Pr Dubernard.

La seule greffe de main réussie sur un enfant avant celle de Zion Harvey date de 2000, et avait été faite sur un nouveau-né en Malaisie. La petite fille était née sans bras droit, et les chirurgiens lui avaient greffé celui de sa sœur jumelle, née avec un kyste au cerveau qui la condamnait à mort. Le donneur et le receveur étant génétiquement identiques, un traitement immunosuppresseur n’était donc pas nécessaire.

« J’ai rencontré cette patiente alors qu’elle avait 14 ans, se souvient le Pr Dubernard, elle s’est parfaitement approprié son nouveau bras et la croissance du nouveau membre avait parfaitement suivi celle du reste du corps. Cela montre clairement que l’amélioration des traitements immunosuppresseur reste le principal problème. »

Reportage de l’hôpital pour enfants de Philadelphie :

Damien Coulomb
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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