Pesticides domestiques : même une faible exposition nuit au développement cognitif des enfants

Pesticides domestiques : même une faible exposition nuit au développement cognitif des enfants

09.06.2015

Les pyréthrinoïdes sont présents partout dans nos domiciles : moquettes, shampoing antipoux, produits antimoustiques, alimentation… Il n’existe pas un foyer français qui y échappe, qu’il soit urbain ou rural. C’est ce caractère ubiquitaire, combiné à son action neurotoxique sur les insectes, possiblement transposable à l’homme, qui ont poussé les chercheurs et les médecins de l’Institut de recherche sur la santé, l’environnement et le travail de Rennes, et du laboratoire de psychologie du développement et de l’éducation de l’université Rennes 2, à rechercher l’effet de différents niveaux d’exposition à ces produits chez 300 enfants de la cohorte PELAGIE, suivis depuis l’utérus jusqu’à l’âge de six ans.

Les premiers résultats, rendus publics aujourd’hui, ont de quoi alarmer : s’il semble que l’exposition in utero n’ait aucun impact sur le développement cognitif des enfants, il n’en est pas de même en ce qui concerne l’exposition pendant la petite enfance. Un tiers des enfants de 6 ans chez qui l’on retrouvait les taux urinaires de 3-BPA et de cis-DBCA les plus forts avaient des scores significativement plus faibles sur les échelles d’intelligence de Wechsler WISC-ICV (compréhension verbale) et WISC-IMT (indice de mémoire de travail), même après ajustement des facteurs confondants.

Les différences en question sont de l’ordre de 4 à 7 points sur des échelles qui en comptent plus de 100. « Cela pourrait paraître faible, concède le Pr Jean-François Viel, responsable du service de santé publique et d’épidémiologie du CHU de Rennes, mais une différence de deux points sur ces échelles est déjà conséquente à l’échelle des populations. »

De faibles niveaux d’exposition

Il précise, en outre, qu’il ne s’agit pas « de niveaux d’exposition professionnels. L’ensemble des enfants restent très faiblement exposés, même ceux dont les concentrations urinaires sont les plus fortes. Trouver une différence dans ces conditions est un résultat important. »

Pour autant, il n’est pas possible de relier les niveaux urinaires enregistrés dans la cohorte avec le type d’exposition. Le BPA est en effet un métabolite dérivé de plus d’une vingtaine d’insecticides pyréthrinoïdes, présents dans de très nombreuses sources différentes. Selon Cécile Chevrier, de l’unité de recherche sur l’environnement, la reproduction et du développement de l’université de Rennes 2, « l’alimentation, les poussières et le contact main-bouche, sont les sources d’exposition les plus probables ».

Beaucoup de questions sans réponses

« Les troubles cognitifs commencent à être expérimentés au niveau mondial mais, en général, on s’intéresse aux insecticides organophosphorés, précise Cécile Chevrier, nous sommes les premiers à explorer les pyréthrinoïdes. » Le suivi des enfants, inclus entre 2009 à 2012, va se poursuivre jusqu’à leur adolescence. Plusieurs ont passé un IRM fonctionnel afin de mesurer l’activité de plusieurs aires cérébrales au cours de tâches diverses. « Nous comptons beaucoup sur les résultats de cet examen, en cours d’analyse, pour tenter de répondre à une grande question : quel est le mode d’action des pyréthrinoïdes chez l’homme », espère le Pr Viel. La nature très lipophile des dérivés des pyréthrinoïdes brouille les pistes : ils diffusent dans tous l’organisme, sont éliminés par voie rénale en 48 heures. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on les pensait peu toxiques. Seule l’exposition continue à ces pesticides explique leur présence chez les enfants de l’étude.

Après les résultats de SULTAN publiés dans dans la revue « European Urology » PELAGIE est la seconde étude à lier l’exposition aux pesticides au cours de la vie fœtale ou de la petite enfance à des pathologies. Dans le cas de l’étude SULTAN, les auteurs avaient montré que l’exposition du fœtus à des solvants, des détergents et/ou des pesticides, via la mère, au cours des trois premiers mois de grossesse multiplie par trois les risques d’hypospadias chez le nouveau-né.

Damien Coulomb
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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