Dans les formes avancées du cancer de la prostate - Une nouvelle thèse booste les statines

Dans les formes avancées du cancer de la prostateUne nouvelle thèse booste les statines

11.05.2015

Des chercheurs du Dana Farber Cancer Institute montrent que la progression du cancer de la prostate traité par hormonothérapie est retardée de 10 mois chez les sujets prenant des statines par rapport aux autres. Ces résultats corroborent un nouveau mécanisme physiopathologique avancé par l’équipe pour expliquer les bénéfices longtemps pressentis de ces hypolipémiants. Pour autant, l’entrée dans l’arsenal thérapeutique ne leur est pas (encore) ouverte en onco-urologie.

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    Une nouvelle thèse booste les statines

Statines et protection contre le cancer, l’idée va son chemin depuis une dizaine d’années. En particulier en ce qui concerne le cancer de la prostate, où, au-delà d’un intérêt possible en prévention, ces hypolipémiants largement prescrits dans le monde pourraient recéler des qualités à exploiter en thérapeutique. Une preuve supplémentaire en est apportée, dans une étude américaine publiée dans le « JAMA Oncology ».

Dans ce papier hybride, l’équipe dirigée par le Dr Lauren Harshmann, au Dana Farber Cancer Institute, expose des phases de recherche préclinique et clinique. Après avoir étayé leur hypothèse à l’aide d’expérimentations in vitro, les chercheurs l’ont mise à l’épreuve en analysant de façon rétrospective les données de 926 sujets, pris en charge dans le célèbre centre de cancérologie américain. Tous présentaient une maladie avancée, pour laquelle une castration chimique avait été proposée, soit en raison d’une récidive biochimique ou métastatique après traitement local, soit en raison d’une forme d’emblée métastatique.

Un adjuvant potentiel

Et là, bingo, la progression du cancer en cours d’hormonothérapie a été différée de 10 mois chez les sujets prenant concomitamment des statines (27,5 mois) par rapport aux sujets sans statines (17,4 mois). Autrement dit, les statines ralentiraient l’évolution du cancer. Leur profil de tolérance bien établi et leur large distribution en font de bons candidats en adjuvant. Pour le Dr Harshmann, premier auteur : « Ce bénéfice médian de 10 mois (...) suggère que les statines pourraient être un précieux "plus" aux traitements actuels dans le cancer de la prostate ».

Dans la cohorte des 926 patients, un tiers prenait des statines. Au cours d’un suivi médian de près de 6 ans, près de 70 % des patients ont vu leur cancer progresser en cours d’hormonothérapie. Le temps médian pour la survenue de progression était de 20,3 mois. Après ajustement sur des critères pronostiques prédéfinis afin de contrôler le biais lié au caractère rétrospectif de l’étude (par exemple, les sujets prenant des statines pourraient être en meilleur état général), la progression restait retardée avec les statines, de l’ordre de 17 %. Et les bénéfices des statines étaient observés qu’il y ait des métastases ou non.

Un rival d’un précurseur de la testostérone

La nouvelle thèse du Dana Farber Cancer Institute est que les statines font compétition à un précurseur de la testostérone, le DHEAS, pour entrer dans les cellules via le récepteur-transporteur SLCO2B1 à leur surface. Ce qui se traduirait par une diminution du pool d’androgènes disponible pour la tumeur. Les fameux récepteurs SLCO2B1 semblent jouer un rôle dans l’évolution du cancer, car leur nombre augmente au fur et à mesure que la tumeur perd en sensibilité.

Mais ce n’est pas la seule théorie proposée pour les statines. Il y a celle reposant sur l’inhibition de l’HMG-CoA réductase, qui inhibe la synthèse de cholestérol et donc celle d’un substrat pour la stéroïdogenèse. Pour les auteurs, tout ne se résume pas à la compétition entre statines et DHEAS : « Les mécanismes par lesquels les statines exercent leur activité dans le cancer de la prostate sont vraisemblablement multifactoriels, ce qui inclut des effets antiprolifératifs et proapoptotiques ». Il leur semble néanmoins que le gros de l’effet tient à la diminution du stock de précurseurs disponibles, via l’inhibition de HMGCoA réductase, et au moindre transport en intra-cellulaire des androgènes circulants.

Enocre des questions, bientôt des réponses

Dans un éditorial, Jorge Ramos et Evan Yu, deux oncologues de Seattle, soulèvent la question d’étendre la population cible à traiter. Comme les bénéfices les plus grands sont attendus chez les sujets les plus graves, « chez lesquels la DHEAS et la synthèse intratumorale d’androgènes sont connus pour jouer un rôle dans la résistance à la castration », l’étape suivante consisterait à tester les statines « chez les patients résistants à la castration mais non métastatiques, pour lesquels il n’y a pas actuellement de traitement de référence et chez qui les PSA peuvent être évalués très tôt dans les essais cliniques comme marqueur clinique de réponse ».

Car une chose est sûre pour tout le monde, il est trop tôt pour recommander l’utilisation des statines en pratique dans le cancer de la prostate. Les éditorialistes estiment ainsi: «les données actuelles ne sont pas suffisantes pour défendre l’incorporation de l’utilisation des statines dans la pratique en oncologie clinique ». Un avis que partage Philip Kantoff, l’auteur senior: «D’autres études sont nécessaires pour valider nos résultats ». Plus de 10 essais prospectifs sont en cours pour caractériser le rôle des statines dans le traitement du cancer de la prostate. Affaire à suivre.

JAMA Oncology, publié en ligne le 7 mai 2015
Dr Irène Drogou
Source : Le Quotidien du Médecin n°9411

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