Amygdalectomie chez l’enfant : une étude américaine conforte l’interdiction française de la morphine orale

Amygdalectomie chez l’enfant : une étude américaine conforte l’interdiction française de la morphine orale

27.01.2015

La morphine orale n’est pas une bonne alternative à la codéine pour la prise en charge de la douleur post-amygdalectomie chez l’enfant. Les recommandations 2014 de la Société française d’ORL (SFORL) l’avaient déjà spécifié, une étude dans « Pediatrics » menée par le programme Motherisk à l’Hospital for Sick Children confirme le bien-fondé de cette position. L’ibuprofène, un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) doté d’une bonne efficacité antalgique et dénué d’effets secondaires graves, est une bonne option.

L’exclusion de la codéine en postopératoire de l’amygdalectomie chez l’enfant, par la FDA américaine en février 2013 puis par l’Agence Européenne du médicament (EMA) en avril 2013, a compliqué la prise en charge de la douleur postopératoire. Plusieurs données ont mis en évidence une surmortalité et des risques de détresse respiratoire avec la codéine, jusque-là très prescrite dans l’indication.

Les enfants présentant un SAOS préopératoire

Dans le contexte post-opéraoire d’une amygdalectomie, les médicaments antalgiques doivent se soumettre à des impératifs particuliers liés à l’indication : la triade complexe douleur-vomissements-saignements et le risque de dépression respiratoire chez les enfants présentant un syndrome d’apnées obstrutives du sommeil (SAOS).

Si la morphine orale est l’antalgique de référence des douleurs d’intensité sévère, la SFORL avait estimé que le ratio bénéfice/risque n’était pas favorable dans le contexte post-amygdalectomie chez l’enfant. Les arguments principaux étaient d’une part la sensibilité des jeunes enfants présentant un SAOS préopératoire et de l’autre une galénique encore peu adaptée exposant à un risque d’erreur de dose. Aux États-Unis, en l’absence de recommandations officielles, de nombreux centres ont eu recours à la morphine orale.

L’associaiton ibuprofène et paracétamol à privilégier

L’étude a inclus 91 enfants âgés de 1 à 10 ans entre septembre 2012 et janvier 2014. Les enfants étaient randomisés soit dans le groupe morphine orale + paracétamol, soit dans le groupe ibuprofène+paracétamol. La saturation en oxygène et les apnées étaient mesurées à domicile par un oxymètre portable. La douleur était évaluée de J1 à J5 postopératoire par les parents à l’aide de deux échelles validées, l’Objective Pain Scale et la Faces Scale.

Comme la SFORL, l’étude de « Pediatrics » conclut que l’association paracétamol per os et ibuprofène est une option intéressante et sans risques de dépression respiratoire. La SFORL souligne que le traitement multimodal de la douleur est particulièrement important dans ce contexte. Le paracétamol est administré de façon systématique à horaires programmés.

Si le risque hémorragique est accru pour diverses raisons (troubles de l’hémostase, difficultés chirurgicales, etc), un schéma comprenant du tramadol pourrait être privilégié. La société savante demande que soient également évalués l’association à de la dexaméthasone peropératoire et les corticoïdes per os.

Pediatrics, publié en ligne le 26 janvier 2015

Dr Irène Drogou
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 7 Commentaires
 
29.01.2015 à 07h10

« Banaliser le recours à l'ibuprofène, qui demeure tout de même un AINS, me paraît plus que léger. Étant donné son efficacité sur la douleur aiguë, je ne vois pas comment on pourra éviter une prise su Lire la suite

Répondre
 
30.01.2015 à 09h32

« La réponse est de donner le nombre de comprimés ou de suppositoires pour la durée du traitement avec des instructions claires et simples (rôle du pharmacien et du médecin prescripteur )
les pays ang Lire la suite

Répondre
 
28.01.2015 à 15h07

« Je n'ai jamais donné d'AINS (par crainte de l'action antiagrégante) dans les post op d'amygdalectomie, mais toujours une association paracétamol - corticoïde. Cette étude n'ayant pas comporté d'éval Lire la suite

Répondre
 
28.01.2015 à 06h06

« Les AINS n'ont-ils pas une action anti- aggrégante ? Pour ma part, je les évite. »

Répondre
 
27.01.2015 à 20h42

« On les a pas attendu pour le solupred ;-)
En revanche tramadol pas bon de toute façon pas de galénique
Quant au codoliprane c est pas top mais ça rend service »

Répondre
 
27.01.2015 à 22h26

« Je suis d'accord pour le solupred. Mais le codoliprane comprend de la codéine qui n'est plus acceptée.
Le tramadol peut provoquer nombreuses hallucinations très inquiétantes pour les parents (!).
On Lire la suite

Répondre
 
27.01.2015 à 22h53

« Topalgic suspension buvable 2,5mg par goutte ? »

Répondre
Voir tous les commentaires

Commentez

Vous devez être inscrit ou abonné pour commenter un article et réagir. Pour rappel, la publication des commentaires est réservée aux professionnels de santé.

A la une

add

Une étudiante en PACES de Marseille se suicide, la communauté médicale en émoi

suicide Fac marseille

Une étudiante inscrite en première année commune aux études de santé (PACES) à la faculté de médecine d'Aix-Marseille vient de se donner la... 9

Lévothyrox: le Conseil d'État donne raison au gouvernement dans sa gestion des effets indésirables

Levothyrox

Le Conseil d'État a donné raison ce 13 décembre au gouvernement, face à un patient traité avec le médicament Levothyrox, qui avait saisi en... 3

Réguler l'installation des spécialistes de secteur II en zone surdotée : la mesure choc du CESE

cese

Depuis plusieurs semaines, la question de la liberté d'installation ne quitte pas le débat public. Le Conseil économique, social et... 19

A découvrir
l'annuaire du-diu
GUIDE PHARMA SANTE

Le Guide Pharma Santé regroupe l’ensemble des informations et points de contacts des entreprises du monde de la Santé.

Consulter
imageagenda

Retrouvez tous les évènements
et congrès à venir

Consulter